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Alphabétisation et monde numérisé

Quelques balises réflexives

Un article du Journal de l’alpha 222 : Alpha pop.

L’ensemble des équipes de formateurs en alphabétisation expérimente, depuis mars 2020, de nouvelles pratiques de formation à distance, principalement à partir des outils numériques. Cette année [1] fut celle de l’inventivité, de la créativité, de l’adaptabilité. Les formateurs ont dû faire preuve de beaucoup d’imagination et redoubler d’énergie pour tenter de garder contact avec les apprenants et continuer, tant que possible, le travail d’alphabétisation.

Poussés par les évènements, nous nous interrogeons sur cette nouvelle place que prend le numérique dans les formations qui sont données principalement à distance depuis quelques mois. Nous souhaitons ainsi nous doter de balises réflexives pour, lorsque nous pourrons nous retrouver dans les salles de formation, tirer parti au mieux de cette période bouleversante.

Texte collectif issu du groupe de travail Cadre de référence pédagogique de Lire et Écrire :
Sabine Denghien – Lire et Écrire Wallonie picarde
Delphine Versweyveld – Lire et Écrire Namur
Rosemarie Nossaint – Lire et Écrire Charleroi
Thida Sewin – Lire et Écrire Brabant wallon
Frédérique Bihet et Serge Delaive – Lire et Écrire Liège
Yolande Boulanger – Lire et Écrire Centre-Mons-Borinage
Jean Constant – Lire et Écrire Verviers
Jean-Charles Magin – Lire et Écrire Luxembourg
Sébastien Van Neck – Lire et Écrire Wallonie
Mathieu Danero – Lire et Écrire Bruxelles
Coordonné par Aurélie Audemar – Lire et Écrire Communauté française
Avec la participation et l’appui de Fabien Masson – Lire et Écrire Bruxelles

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Nous ne sommes ni spécialistes du numérique ni informaticiens. Nous écrivons ici depuis le point de vue de pédagogues, praticiens de l’alphabétisation populaire soucieux de continuer à défendre une alphabétisation émancipatrice, avec pour ancrage et horizon, son utopie fondatrice : l’éducation populaire.

Face à l’ampleur de la numérisation du monde, nous proposons, dans ce texte, une mise à plat de constats et de réflexions sur la question numérique en alphabétisation. Nous partageons des pistes de réponses aux questionnements suivants :

  • Quels sont les invariants d’une démarche en alphabétisation populaire ?
  • Quels sont les points de vigilance et les tensions qui nous traversent face à la numérisation de pratiques pédagogiques ?
  • Pourquoi et comment nous approprions-nous en alphabétisation les questions soulevées par la numérisation de tous les pans de la vie ?
  • Quelles suites ?

Quels sont les invariants d’une démarche en alphabétisation populaire ?

Les mesures imposées pour faire face à la crise sanitaire nous obligent à changer nos manières de travailler et à les questionner. Si, sous certains aspects, nous pensons qu’il est nécessaire de développer une plus grande pratique des outils numériques, nous continuons à défendre l’alphabétisation populaire telle que définie dans notre cadre de référence pédagogique.

Un outil est différent d’une méthode. Pour éviter la déshumanisation de notre travail, nous soulignons qu’un outil est au service des méthodes des formateurs (concept de « méthode » tel que défini dans notre cadre de référence [2]) et non l’inverse.

Poser la question de la numérisation ne peut donc se résumer à un apprentissage de la manipulation d’outils. Il s’agit de découvrir le ou les modèles de société qui s’imposent aujourd’hui à nous, de penser les espaces de construction et d’action pour les investir en tant qu’acteurs et non uniquement comme utilisateurs.

Aujourd’hui, les pratiques d’alphabétisation populaire sont mises à mal, voire mises en danger. La formation à distance et notre peu de connaissance du monde numérique peuvent vite nous entrainer vers une proposition d’exercices structuraux, une préparation minutée, des interactions cadrées, et tendre ainsi à réduire l’alphabétisation populaire à peau de chagrin. De situations de guidance où notre rôle de formateurs est celui d’aider les apprenants à se mettre en recherche, à construire problématique et questionnement, à émettre des hypothèses…, nous passons, dans l’urgence de la situation de confinement, à celles de guidage dans lesquelles le parcours est balisé, où le formateur indique les activités à faire, comment les effectuer et dans quel ordre. Pour reprendre Georgette Nunziati, le guidage empêche la recherche et ouvre sur la dépendance quand la guidance favorise la recherche et ouvre sur l’autonomie [3].

Durant ces périodes de confinement, nous faisons face à l’urgence, avec comme priorité de rester en contact avec les apprenants. Cependant, nous tenons à souligner certains fondamentaux de notre travail que nous sentons aujourd’hui menacés, de sorte que l’exceptionnel ne devienne pas ordinaire.

L’humain, l’ouverture aux autres, au monde

Pour créer des espaces sociaux où l’on se rencontre, des lieux où l’on se sent en confiance pour apprendre, les contacts sociaux physiques doivent être privilégiés, soignés, d’autant plus avec des personnes vivant des difficultés sociales et ne maitrisant pas la lecture, l’écriture ou la langue orale.

Le contact virtuel est impersonnel, individualisant, même dans les situations de groupe. Si les temps individuels dans l’apprentissage sont nécessaires, ils ne peuvent suffire. L’expérience de confinement nous montre combien les rencontres virtuelles individuelles avec les apprenants sont importantes et constituent des temps privilégiés de la relation pédagogique, mais elle met aussi le doigt sur la limite de la construction des savoirs dans un tête-à-tête permanent et à distance.

Il est indispensable dans un travail pédagogique avec des personnes dévalorisées socialement de maintenir des contacts sociaux physiques offrant un cadre où la convivialité est possible et qui le permet. Les temps informels de formation, le non-verbal, les apartés font partie de la vie de groupe et participent au climat de travail.

Pour cela, il est important de :

  • pouvoir accueillir tout le monde en termes d’espace et de temps ;
  • continuer à travailler les compétences transversales (oser, construire avec les autres, se situer, comprendre le monde, réfléchir, agir) et non pas réduire l’apprentissage à des matières hors enjeux et situations réels (français, maths…) ;
  • faire en sorte que les apprenants, les formateurs, les équipes puissent se croiser, se rencontrer ;
  • avoir des espaces d’échanges informels.

Le collectif

Dans notre approche pédagogique, le collectif a un rôle fondamental pour :

  • faire émerger la richesse du groupe ;
  • confronter les expériences, les savoirs, les points de vue ;
  • construire ensemble des savoirs, du lien ;
  • vivre la solidarité, le partage ;
  • mener des projets émancipateurs ;
  • exprimer une parole collective ;
  • agir collectivement.

Le sens

La question du sens de l’apprentissage est primordiale en alphabétisation. Les formations se construisent à partir des désirs, des questions, des projets des apprenants. Il faut donc des espaces formels et informels pour les faire émerger, les faire s’exprimer, les entendre.

Le temps

Développer un cadre et un climat de travail dans lesquels chacun a sa place et se sent en confiance demande du temps. Construire des règles de groupe démocratiques, s’inscrire dans une temporalité respectueuse des réalités sociales des apprenants sont des conditions pour que chaque acteur puisse s’engager durablement dans l’apprentissage, développe les savoirs nécessaires pour mieux comprendre le monde et agisse pour l’accès de tous aux droits fondamentaux.

Des pédagogies émancipatrices

Pour ce faire, nous développons des démarches socioconstructivistes, pratiquons la pédagogie du projet, des pédagogies émancipatrices et, pour certains, le travail en groupe multiniveau. Ceci demande du temps et de l’espace.

Des supports variés

Outre la nécessité de s’approprier une série de supports numériques, nous devons continuer à permettre la manipulation physique de matériel, de supports d’apprentissage dans la plus grande diversité.

L’acquisition des savoirs

L’ensemble des buts et savoirs de la Roue de l’alphabétisation populaire constitue le socle de notre travail [4].

Par « savoir », nous entendons ce que Jean-Pierre Astolfi définit ainsi : Par opposition à l’information dont on a montré le caractère d’objectivité extérieure à l’individu, et à la connaissance syncrétiquement liée à l’histoire de chaque personne, le savoir résulte d’un effort important d’objectivation. Cela signifie qu’un savoir est toujours le fruit d’un processus de construction intellectuelle et que, pour y parvenir, l’individu doit élaborer un cadre théorique, un modèle, une formalisation. C’est précisément cette problématisation du réel qui conduira au regard neuf sur la réalité, permettant ainsi la construction de nouveaux objets. En réalité, il s’agit évidemment là d’un processus hautement socialisé, mais chacun doit, d’une certaine façon, en refaire personnellement le chemin. [5]

Quels sont les points de vigilance et les tensions qui nous traversent face à la numérisation de pratiques pédagogiques

Pour pouvoir continuer à mener des formations, nous avons dû, lors des périodes de confinement, individualiser les apprentissages pour ne pas être nous-mêmes facteur d’exclusion, avec des outils numériques comme supports privilégiés. Nous étions face à l’injonction d’innover, de nous renouveler, d’inventer, alors que la pauvreté, les inégalités augmentent encore davantage avec la crise sanitaire actuelle. L’accès aux droits fondamentaux est mis à mal. Le tout numérique des services publics et d’intérêt général nous force à jouer un rôle qui n’est pas notre mission première : nous sommes devenus en quelque sorte un des rares contacts de première ligne permettant de garder et/ou de renforcer un lien avec les personnes les plus en difficultés sociales, sachant qu’une situation de diminution des contacts sociaux peut provoquer un repli sur soi, un isolement de ces personnes déjà fragiles.

Les pédagogies faisant appel au numérique ont été convoquées avec la promesse du tout numérique comme solution pour résoudre « les » problèmes et pour faire entrer les apprenants et les formateurs dans ce qui est vu comme le monde du 21e siècle, caractérisé par une dématérialisation des services et des contacts. Un monde d’« experts » a déjà préparé des logiciels innovants avec des méthodes « disruptives », qui changent profondément l’existant. Autant d’entreprises privées sont prêtes à faire leur entrée dans l’apprentissage et à nous vendre contenus et méthodes, alors que jusqu’ici nous avons défendu le socioconstructivisme et remballé les méthodes toutes faites des grands éditeurs.

L’impossibilité de former en présentiel empêche un réel travail d’alphabétisation prenant en compte les situations des apprenants qui sont non lecteurs et dont certains ne parlent pas ou très peu la langue française, ou encore ne disposent pas de l’équipement numérique adéquat. Ce qui est vrai pour l’école l’est encore plus en alphabétisation dans une perspective d’éducation populaire : elle a pour condition le travail collectif en chair et en os.

Nous nous retrouvons ainsi au cœur de contradictions entre :

Ce qui définit notre actionCe que le contexte impose
- défendre l’accès à tous en termes d’équipements, de connexions, de formations, d’apprentissages - résister à la numérisation des services, au « tout numérique »

- se former dans l’urgence à des outils
- l’obsolescence rapide des équipements, des logiciels, leur nombre

- l’émancipation, l’esprit critique, l’éducation permanente, le processus réflexif et engagé dans la durée - la rapidité, les procédures, l’adaptation aux évolutions énoncées par des experts
- le centre de notre travail : les apprenants et leurs projets, la construction de savoirs - le centre : l’écran, la machine, les algorithmes
- nos pratiques créatives ancrées dans la matière (les mots, les choses…) - notre dépendance à des « experts » du numérique
- la nécessité de garder contact via les réseaux sociaux - le peu de transparence quant à la marchandisation des données privées
- le rythme d’apprentissage en alphabétisation populaire - la rapidité imposée

- la nécessité d’accélérer notre connaissance et notre pratique du numérique
- le risque d’un épuisement des psychismes (effet de l’accélération globale)

- la demande de formateurs et d’apprenants d’un retour vers le contact humain - l’enseignement à distance via des outils numériques et la nécessité imposée par le contexte de se former aux outils numériques
- nos pratiques collectives coconstructivistes en mouvement - des pratiques en ligne individualisantes et descendantes
- la nécessité d’un cadre que nous construisons avec les apprenants, « en vrai, en chair et en os, entre humains », en partant de leur expérience dans la coopération et l’entraide - des outils en ligne préconstruits hors enjeux réels, dont peu ou pas à destination des analphabètes, souvent confondus avec des apprenants en français langue étrangère
- travailler la lecture critique en ligne - la difficulté pour quiconque d’identifier les sources d’information
- ce pourquoi nous faisons ce métier, une histoire de rencontres et d’apprendre avec d’autres

- la conviction que la culture écrite, la maitrise de la langue permettent d’être bien plus armé dans ce monde (numérique ou non)

- ce que nous craignons que ce métier devienne, avec un affaissement des liens dont les liens pédagogiques

La question du numérique amène aussi d’autres questions encore plus prégnantes que lorsque l’apprentissage se fait en groupe : le rapport à l’image de soi (du point de vue culturel mais aussi dans l’appropriation psychosociale de son propre corps, de sa posture face aux autres, d’autant plus quand ces autres sont dématérialisés). Un soi qui est en même temps un « non-soi » puisque dématérialisé et mis à distance par l’outil. Pour reprendre les mots de Nico Hirtt lors d’un webinaire [6] sur la question : L’inquiétude exprimée n’est pas vis-à-vis de la technologie mais bien par rapport à un usage particulier qui en est fait : celui de remplacer la relation pédagogique vivante entre les formateurs et les apprenants par un apprenant face à un écran, de réduire l’apprentissage des savoirs à une unique vision utilitariste et instrumentale. 

Face à tous ces constats dont celui des inégalités face aux techniques, comment soutenir au mieux formateurs et apprenants ? Quels bagages de savoirs sont nécessaires dans un monde numérisé ?

Pourquoi et comment nous approprions-nous les questions soulevées par la numérisation de tous les pans de la vie ?

Éviter les risques d’exclusion

L’inégalité de l’accès aux savoirs a mis en exergue les différentes sources d’exclusion que peuvent subir les apprenants en alphabétisation, d’autant plus dans une telle situation de crise : une maitrise insuffisante de la lecture et de l’écriture et/ou du français oral, des difficultés d’accès à des ressources matérielles, une méconnaissance de savoirs pratiques et, dans certains cas, une absence d’accès aux outils numériques. Développer l’apprentissage de la pratique des outils numériques parait ainsi aujourd’hui plus que jamais indispensable dans la lutte contre l’exclusion des personnes analphabètes.

Développer des savoirs pratiques et critiques

L’utilisation pratique d’outils numériques répond aussi à des besoins qui s’inscrivent dans des situations de la vie quotidienne personnelle, professionnelle, de formation. Il s’agit, pour les apprenants comme pour les formateurs, de :

  • développer un sentiment d’appartenance au monde numérisé et offrir la possibilité à chacune d’y participer ;
  • garder et développer son autonomie pour pouvoir être en contact avec d’autres ;
  • avoir la possibilité et/ou le plaisir de communiquer avec d’autres qui sont loin ;
  • avoir accès à des connaissances, des informations et à l’exercice de ses droits ;
  • poursuivre sous certains aspects la formation en alphabétisation : recevoir des consignes, des activités, participer à des réunions, rester en contact, recevoir des retours sur les apprentissages réalisés ;
  • découvrir le plaisir de la recherche ou de nouvelles opportunités pour un projet personnel ou encore le plaisir d’échanger des savoirs.

L’ensemble de nos équipes de formateurs expérimente, depuis mars 2020, de nouvelles pratiques de formation à distance, principalement à partir des outils numériques. Beaucoup constatent qu’il ne s’agit pas de nouveaux apprentissages mais bien de maintenir une relation avec les personnes et leurs acquis antérieurs.

Sans en dresser une liste exhaustive, ce qui serait impossible étant donné leur variété, nous souhaitons pointer quelques utilisations des outils numériques qui semblent partagées :

  • Garder le contact avec les apprenants, suivre leur situation, les soutenir, via notamment des applications comme Messenger et Whatsapp.
  • Créer des séquences pédagogiques pour l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, des maths, du français oral via des plateformes existantes (Cloudschool et Learningapps sont particulièrement citées). Des formateurs ont ainsi créé de nouvelles ressources sous forme numérique, utilisables sur PC, tablettes et GSM par les apprenants en alphabétisation. Créer, alimenter, organiser ces nouveaux espaces de ressources est devenu un gros chantier pour certains formateurs. L’intérêt est de pouvoir les rendre disponibles et utilisables pour l’ensemble des collègues et de les mettre à disposition des animateurs des ateliers informatiques déjà existants.
  • Faire dire et écrire aux apprenants leur projet dans leur portfolio Mes Chemins d’apprentissage [7] par l’apprentissage du traitement de texte.
  • Avoir des moments d’échanges en groupe via des vidéoconférences.

Le constat suivant est aussi posé : la technologie ne doit pas prendre le pas sur l’apprentissage. Le numérique demande au formateur le double de temps de préparation car il doit à la fois gérer sa séquence pédagogique mais aussi l’outil numérique, tout en essayant de maintenir une certaine dynamique de groupe au cœur de la séquence.

La numérisation exige aussi de développer un regard critique sur les pratiques, c’est-à-dire une série de compétences inhérentes à toute démarche d’alphabétisation populaire : celles articulant les compétences de réflexion, de compréhension et d’action avec celles de l’écrit, des mathématiques et de l’oral. Dans l’urgence de la crise sanitaire et la nécessité de poursuivre les liens, même à distance, ces questions n’ont pas pu être une priorité des formations. Cependant, il nous semble important de les souligner et de les avoir en tête pour s’en emparer par la suite. À titre d’exemples :

  • savoir trier l’information parmi une offre infinie, identifier les sources, les auteurs…
  • s’interroger sur le partage des données personnelles
  • questionner les outils et leur idéologie sous-jacente : quelles opportunités ? quelles « menaces » ? quels sont les intérêts économiques ? qu’est-ce que la Silicon Valley ? que sont les GAFAM ? quels projets de société défendent-ils ?
  • que signifie le progrès à l’heure de la croissance des inégalités ?
  • qu’est-ce qu’une pédagogie « innovante » ?

Il s’agit donc bien d’apprendre à utiliser la technologie pour qu’elle soit au service des apprentissages, et non l’inverse, tout autant qu’à la comprendre, la mettre en lien avec le contexte sociétal.

Quelles suites ?

Nos vies, nos métiers sont bouleversés, les chantiers à venir nombreux et une alphabétisation de qualité apparait d’autant plus importante dans notre monde interconnecté, complexe et fragile. Nous nous interrogeons sur comment accompagner au mieux formateurs et apprenants en alphabétisation populaire pour :

  • Faire face, de façon critique, à ce genre de situation de crise imposant des dispositifs en distanciel et/ou hybrides, où le numérique prend le pas sur d’autres formes de travail. Dans cet objectif, nous avons déjà constitué et partagé une grille d’analyse « formation hybride présentiel / à distance – checklist pour analyser et scénariser une formation en alphabétisation » [8].
  • Intégrer la question du numérique, telle que nous la posons ici, dans les formations en alphabétisation et dans les formations de formateurs lorsque leur reprise en présentiel sera possible.

Suite à cette première étape d’écriture de constats et de réflexions, nous souhaitons poursuivre notre travail par une mise à plat des savoirs nécessaires dans un monde numérisé. Nous tenterons ainsi de définir ce qu’il semble important que les apprenants et/ou les formateurs en alphabétisation développent pour faire face à la numérisation de tous les pans de la vie. À suivre donc… [9]


[1Ce texte a été rédigé en décembre 2020. Il constitue un complément à notre cadre de référence pédagogique Balises pour l’alphabétisation populaire. Comprendre, réfléchir et agir le monde, paru en 2017.

[2À la manœuvre, garant de ce cadre, le formateur, praticien-chercheur, qui cherche à faire au mieux et construit sa propre théorie-pratique, sa façon de faire au quotidien. Ses constats d’observations, accords ou désaccords avec les normes et valeurs de la société, contraintes du réel, postulats personnels, souci éthique, réflexion philosophique, savoirs théoriques et savoirs d’expériences sur l’alphabétisation et sur l’apprentissage constituent les fondements de son action. Chaque formateur a dès lors sa manière d’habiter son métier. Il va mettre en place, à la fois de manière consciente et intuitive, sa propre méthode d’animation et de formation, soit une somme de démarches raisonnées, fondées sur un ensemble cohérent d’hypothèses ou de principes linguistiques, psychologiques, pédagogiques, faisant appel à différents outils et répondant à des finalités et objectifs. (Balises pour l’alphabétisation populaire, op. cit., p. 165).

[3Georgette Nunziati, Pour construire un dispositif d’évaluation formatrice, in Cahiers pédagogiques, no 280, janvier 1990, p. 57.

[4Voir Balises pour l’alphabétisation populaire, op. cit., pp. 85-125 (Savoirs et compétences pour comprendre, réfléchir et agir le monde), p. 147 (La Roue sous ses différentes formes – Outil d’analyse).

[5Jean-Pierre Astolfi, L’école pour apprendre, l’élève face aux savoirs, ESF, 1992, p. 70.

[7Des pistes pédagogiques sont également proposées.