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Visiter des musées avec un public alpha : méthodologie et pratique de terrain

Un article du Journal de l’alpha 224 : Méthodes pédagogiques.

Les sorties aux musées ne sont pas toujours faciles à penser. Décider de visiter un musée ou une exposition pose de multiples questions : quel musée ? Que voudrait-on que les apprenants voient, apprennent ? Part-on d’un désir du formateur ou d’une demande des apprenants ? Fait-on appel à un guide en sachant que nombre d’entre eux ne connaissent pas le public alpha ? Les formateurs décident-ils de guider eux-mêmes ? Comment réaliser la visite ?

Le propos de cet article n’est pas tant d’aborder ces questions importantes mais de témoigner d’une pratique de « médiation culturelle » adaptée aux groupes alpha pour faire du sens à partir de ce que les apprenants connaissent, de leurs questionnements, et fidèle à l’éducation populaire et à l’approche auto­socio­constructiviste.

Bénédicte Verschaeren,
formatrice au Collectif Alpha [1]

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Pourquoi ma pratique me conduit à proposer une visite d’un musée, d’une expo à un groupe d’alpha ? Tout d’abord parce que c’est permettre aux apprenants de découvrir une autre façon de voir le monde, une autre façon de penser, de plonger dans un décor inhabituel, de voyager dans le temps et dans l’espace, de découvrir des ailleurs multiples. Ensuite parce que réfléchir à ce qu’on voit, donner sens à des images, à des objets jamais vus auparavant – étonnants, familiers ou pas, beaux ou laids, qui font rire ou pleurer –, c’est apprendre, mettre en lien ce qui est vu et qui « je » suis.

Une visite, un moment magique dans un autre ailleurs. Mais c’est aussi, en arrière fond, rendre visible un groupe sociologiquement qualifié d’« utilisateurs faibles » des infrastructures culturelles, et lui permettre d’y participer. C’est également honorer la demande de nombreux apprenants, avides de mieux comprendre la Belgique, de mieux comprendre la société dans laquelle ils vivent.

Une nécessaire médiation culturelle

Une visite dans un musée, n’est-ce pas une promenade faite de découvertes qui résonneront au fond de nous, qui évoqueront quelque chose, et sans doute quelque chose de différent chez chacun d’entre nous ? Pour tout visiteur, qui qu’il soit, ces découvertes feront écho à de multiples références : des éléments vécus, des émotions affectives, esthétiques, des connaissances, des images appréciées… Chacun les décryptera à sa façon, avec ses codes, avec son langage. Chaque visiteur a son parcours, et la réception d’une œuvre d’art y trouvera toujours une place personnelle.

Si la plupart des visiteurs de musées disposent de connaissances « savantes » en histoire et histoire de l’art propres à la culture bourgeoise et à son enseignement, ce n’est pas le cas des apprenants en alpha. Exclus des parcours scolaires et fréquentant peu les lieux culturels, ils ne sont pas ou peu familiers de cette culture. Dès lors, la médiation culturelle s’impose pour laisser la possibilité à chacun d’y entrer, d’y « voir » et d’y « prendre » quelque chose.

Quelle découverte, quel plaisir de regarder, de voir des choses insoupçonnées ! S’émouvoir, créer un lien, entendre d’autres histoires sur un même objet, apprécier des formes, des couleurs, c’est aussi, pour les apprenants du Collectif Alpha, « apprendre » des choses nouvelles. Plus encore, c’est permettre à chacun de pouvoir affirmer qui il est, de dire, de parler, de pouvoir exprimer ses ancrages, bruxellois et d’origine ; c’est permettre un positionnement personnel et collectif.

Parti pris pédagogique

Cependant, en ce qui me concerne, il ne s’agit pas tant d’adapter des visites à un public alpha que de rester fidèle à ma conception philosophique basée sur l’éducation populaire. En alpha, nous ne sommes pas dans une pédagogie « entonnoir », mais bien dans une pédagogie active où la dynamique est participative et la construction collective. La méthodologie en trois temps ici proposée s’inscrit dans cette approche teintée d’apports de la pédagogie constructiviste.

Dans cette optique, la participation de chaque membre du groupe est un objectif en soi : sur base de l’apport de chacun, nous construisons ensemble des nouveaux savoirs. Des moments individuels centrés sur ses propres ressentis, sa propre expérience et ses connaissances personnelles alternent avec des moments d’apports extérieurs nouveaux, et le tout est discuté et analysé dans le groupe pour tisser des liens entre tous ces éléments. Pouvoir dire et exprimer les méandres de sa pensée, découvrir celles des autres est alors essentiel.

Paroles d’apprenants :

  • Je ne savais pas qu’une rivière a traversé Bruxelles. (Maison du Roi)
  • Je suis émue de voir ça [une installation de Richard Long], c’est la couleur de la terre de mon enfance. (Musées royaux des Beaux-Arts – MRBA)
  • Ce tour, on dirait mon premier outil de travail… (Musée bruxellois des industries et du travail La Fonderie)
  • Ce plat en argent du 17e siècle est superbe, il me rappelle le métier de mon père, mort quand j’étais enfant. (Maison du Roi)
  • J’ai beaucoup apprécié le tableau à la dame avec un chapeau de fleurs parce qu’il me plonge dans les odeurs de mon enfance. (MRBA)

Ces activités permettent de travailler également des compétences de base – les mêmes que celles développées au cours de français. Nommons-en quelques-unes :

  • observer, décrypter, proposer des hypothèses ;
  • faire des liens avec du connu et l’exprimer ;
  • compléter, assembler ;
  • lire des images et en tirer du sens ;
  • se replacer dans le passé, revenir dans le présent, se projeter dans le futur ;
  • engranger des informations.

Comment s’y prendre : une approche méthodologique

Le choix du musée et du thème de la visite est pensé en fonction des problématiques soulevées par les apprenants dans les cours. Certaines personnes expriment leurs désidératas, d’autres n’ont aucune idée, d’autres encore, au cours d’échanges informels, font quelques suggestions, posent quelques questions ou réflexions… À partir de là, je tisse une thématique suscitant l’intérêt de tous et propose une visite au groupe.

Questionnements des apprenants :

  • J’habite à Bruxelles, je veux connaitre, comprendre mieux la ville, je veux connaitre l’histoire de Bruxelles.
  • Pourquoi la tour de l’hôtel de ville n’est-elle pas centrée ?
  • Pourquoi ces soubassements que l’on voit à la place Royale ?
  • Je n’avais jamais entendu parler des immigrés belges, bizarre !

Les visites s’articulent en trois séances : avant, pendant, après la visite. Chacune est accompagnée d’un lot de consignes, à réaliser seul, en duo, demi-groupe ou collectivement. Ces consignes visent l’émergence de questionnements, l’élaboration d’hypothèses, la recherche de réponses, l’affirmation de ses connaissances, l’analyse et la construction de savoirs nouveaux.

La présentation des séances ci-après illustre les visites mises en œuvre dans trois musées bruxellois : la Maison du Roi [2], la Maison Autrique [3] et le musée La Fonderie [4]. Ces trois institutions ont développé des activités pour le public alpha [5]. Les démarches proposées répondent à des préoccupations des apprenants non seulement parce qu’elles leur permettent de trouver des réponses à leurs questions, mais également parce qu’elles suscitent chez eux de nouvelles réflexions, leur apportent des éléments d’informations non attendus… sur le passé, le présent et aussi sur le futur.

Précisons toutefois que travailler l’Histoire ne signifie pas plancher sur les grandes périodes qui découpent les temps passés, mais davantage sensibiliser, contextualiser, donner des images et les analyser.

La première séance : avant la visite

C’est le temps de la présentation, de donner l’envie de découvrir, d’en savoir plus, de se plonger dans une problématique, de se questionner. À cette étape, l’observation de documents écrits ou visuels est privilégiée car elle permet de susciter la curiosité et le questionnement. Mon fil rouge : faire émerger ce que chacun sait, ce que l’on verra au musée, la découverte de la problématique. Deux exemples :

1. Histoire de Bruxelles

Avant la visite à la Maison du Roi, un tableau présent au musée est projeté. Chaque membre du groupe nomme une chose (il ne s’agit pas d’expliquer, mais bien de nommer), dit un mot qui sera répété par la personne suivante, qui elle aussi nommera une chose vue dans le tableau après avoir répété ce que la personne précédente a dit. Et ainsi de suite, à l’instar du jeu Je vais au marché et j’achète… [6] Chacun prend la parole, est écouté. Ensuite, collectivement, à partir de ces observations, le groupe donne sens à l’œuvre – le tableau représente le marché à la Grand-Place de Bruxelles, autrefois – et relève spontanément les différences avec la place d’aujourd’hui. Ainsi, les apprenants découvrent avec étonnement le quotidien bruxellois des années 1900.

2. Le travail il y a 100 ans

La séance avant la visite au musée La Fonderie est basée sur l’identité de dix habitants de Molenbeek il y a 100 ans : leur nom, leur adresse, leur métier, leurs loisirs. En voici deux à titre d’exemples :

Je m’appelle Alphonse.
J’habite 20, rue Delaunoy, dans une cité pour célibataires.
Je suis célibataire.
Je suis jardinier.
Je travaille dans le jardin de Monsieur Vandermaelen [7].
Le soir, je lis dans la bibliothèque de la cité.

Je m’appelle Victor.
J’habite rue de la Colonne.
Je travaille dans une usine de chocolat [8] place Simonis.
Je torréfie le chocolat.
Le dimanche, je joue du trombone dans la fanfare [9].

Ces « cartes d’identité » sont accompagnées de documents d’origine (photos, publicités…). En voici deux (correspondant à deux autres cartes d’identité que celles reprises ci-dessus) :

© Collection de La Fonderie
© Collection de La Fonderie

Plongés dans le contexte historique par les consignes d’observation et d’analyse, les apprenants seront ensuite invités, au musée, à rechercher l’outil ou l’objet qui accompagnait le métier de ces anciens habitants de la commune, par exemple une machine venant d’une chocolaterie (en lien avec la carte d’identité de Victor reproduite ci-dessus).

Le temps de la visite [10]

Une première visite, c’est aussi la découverte d’un lieu insoupçonné. Les apprenants découvrent un espace nommé musée avec non seulement des objets exposés, mais aussi des codes : l’achat de tickets, le box appelé Accueil, les gardiens, les différentes salles… Les consignes privilégient la recherche des réponses aux questions émises lors de l’animation précédente et la découverte des documents « grandeur nature » exposés au musée (tableaux, objets…). Quelques exemples :

1. La cuisine de ma grand-mère

Plongés dans un autre univers, les visiteurs de la Maison Autrique, quelle que soit leur origine culturelle, s’émeuvent souvent des ustensiles de cuisine exposés et de la façon de laver le linge, mais surtout ils se remémorent leur passé et celui de leurs parents et grands-parents. Ils tissent eux-mêmes des fils pour mieux comprendre le passé bruxellois. Dans la cuisine-cave, après l’observation de la pièce, deux consignes permettent aux apprenants de découvrir le lieu plus attentivement : la première est d’écrire cinq mots d’objets connus, la seconde de dessiner cinq objets jamais vus. S’ensuit une mise en commun et une discussion concernant tous les objets de cette cuisine.

2. Des vues anciennes de Bruxelles

À la Maison du Roi, dans une salle exposant des tableaux qui illustrent le passé de Bruxelles, après avoir formé des sous-groupes de deux à partir de deux morceaux d’un même tableau [11] (photocopies couleur), les apprenants doivent retrouver le tableau entier. Ceci fait, chaque sous-groupe doit écrire cinq éléments importants présents dans le tableau qu’il a observé. Ensuite, devant le groupe réuni, les sous-groupes expliquent le tableau et les éléments qu’ils ont choisis. L’observation et la recherche dans la salle d’exposition ainsi que la présentation aident chacun à s’approprier une œuvre et à pouvoir la verbaliser. L’activité se termine par un échange de questions et par l’apport d’informations complémentaires que je leur fournis pour mieux comprendre l’œuvre ainsi que le lien avec l’histoire de la ville, d’hier à aujourd’hui. Les apprenants sont souvent surpris par les vues du Bruxelles d’autrefois.

3. Des machines qui racontent l’histoire

Au Musée La Fonderie, la recherche d’une machine en lien avec le métier d’un habitant permet de se plonger dans le travail d’antan. Une fois l’objet trouvé, chacun (seul ou en duo) est invité à présenter l’objet et le personnage qui l’utilisait. Bien souvent, les apprenants connaissent les machines et peuvent en parler aisément. La machine à coudre Singer ou le tour à métaux ou à bois sont très souvent connus et certains ont beaucoup de plaisir à se souvenir du temps où ils les utilisaient. C’est l’occasion de compléter ce qu’ils savent ou ont découvert par de nouvelles informations : techniques utilisées, réalités sociales, développement du syndicalisme…

Après la visite : retours et prolongements

C’est le temps de débriefer, d’exprimer son ressenti, d’échanger sur ce que l’on a découvert, appris, de demander d’autres informations, d’établir des liens. Souvent, les apprenants se disent contents d’avoir visité ces lieux, d’avoir vu de belles choses, d’en avoir appris de nouvelles. Ils précisent leurs découvertes et leurs nouveaux acquis, par exemple :

  • le travail des enfants (Musée La Fonderie)
  • Bruxelles, une ville ancienne (Maison du Roi)
  • des métiers et un savoir-faire exceptionnels (Maison Autrique)
  • l’émigration de Belges (Musée BelVue [12])
  • la pauvreté des ouvriers au 19e siècle (Musée BelVue)

Une visite donne aussi l’occasion de raconter, de se raconter, de lire et d’écrire. Poursuivre le travail est intéressant car cela permet de faire des liens avec qui « je suis » et d’affirmer ces liens qui donnent sens à la visite, mais également d’engranger de nouvelles connaissances linguistiques, historiques ou autres. Pour cela, je leur propose deux pistes :

  • un atelier d’écriture où chacun prend le temps de bien choisir ses mots pour exprimer au mieux ses réflexions ou ressentis au sortir de la visite [13] ;
  • un atelier artistique offrant une mise à distance du thème abordé. En quelque sorte une synthèse nouvelle où l’on se positionne autrement en pointant des éléments forts et en se les réappropriant, où il est permis de partir dans l’imaginaire sur base d’éléments réalistes et de se projeter dans une autre dimension. Par exemple : créer une ville à partir de Tetra Brik peints et personnalisés (en lien avec la visite à la Maison du Roi), ou encore construire une maquette de sa maison d’enfance dans une boite à chaussure (en lien avec la visite à la Maison Autrique).

En guise de conclusion

La visite d’un musée est comme une scénographie qui propose un beau voyage, crée une ambiance où se reconnaitre, se poser sont mis en avant. Au final, riches de tous ces savoirs accumulés et mutualisés, apprenants et formateurs voient Bruxelles autrement, avec un nouveau regard.

Visiter un musée, c’est aussi permettre aux apprenants d’affirmer leur culture d’origine ainsi que leur ancrage à Bruxelles, en lien avec la culture et l’histoire de la ville, souvent méconnues, de prendre conscience de leurs multiples identités ou de les révéler. Si la visite constitue le moment clé de la démarche, la dynamique impulsée, le processus de travail mis en œuvre et la réflexion suscitée à travers ce qui est vu, entendu et échangé sont les éléments essentiels qui permettent de construire de nouveaux savoirs.

Couverture du « Journal de l'alpha » 212 : « L'interculturel. Le penser et le vivre au quotidien »D’autres démarches dans lesquelles interviennent des visites au musée sont présentées dans le Journal de l’alpha sur l’interculturel, no 212, 1er trimestre 2019 : Bénédicte Verschaeren, Appréhender le monde par les images et les formes géométriques (pp. 10-23) et Découvrir sa ville par la ferronnerie (pp. 24-30).

Une démarche similaire peut être mise en œuvre pour la visite d’autres lieux culturels. Voir par exemple : Bénédicte Verschaeren, Le cimetière, un lieu culturel qui peut aussi ouvrir à la rencontre interculturelle.


[1Association d’alphabétisation implantée à Bruxelles et plus précisément à Forest, Molenbeek et Saint-Gilles.

[2La Maison du Roi, musée de la Ville de Bruxelles, situé sur la Grand-Place, propose, au 2e étage, des tableaux illustrant l’histoire de Bruxelles.

[3La Maison Autrique, située au no 266 chaussée de Haecht à Schaerbeek, propose un parcours dans une maison construite par Horta en 1893. Elle met en scène la vie bourgeoise de la fin du 19e siècle.

[4Le Musée bruxellois des industries et du travail La Fonderie, situé au no 27 rue Ransfort à Molenbeek, propose des machines, des outils, des documents… illustrant la vie industrielle bruxelloise aux 19e et 20e siècles.

[5Pour en savoir plus sur l’édition de ces démarches, contacter le Centre de documentation du Collectif Alpha : cdoc@collectif-alpha.be

[6Jeu de mémoire où le premier participant dit : Je vais au marché et j’achète… (des tomates par exemple). Le participant suivant répète Je vais au marché et j’achète des tomates et ajoute et du poisson par exemple. La phrase est ensuite reprise par le suivant qui ajoute un autre achat. Etc.

[7Éminent géographe et cartographe, fondateur de l’Établissement géographique de Bruxelles à Molenbeek (né en 1795 et décédé en 1869).

[8Historiquement, le secteur du chocolat était très développé à Bruxelles.

[9Activité de loisir très développée au 19e siècle.

[10Les personnes qui fréquentent une association partenaire de l’asbl Article 27 et celles qui sont bénéficiaires d’une aide du CPAS ou du RIS peuvent obtenir des tickets à prix réduit (1,25 €) leur donnant accès à divers lieux culturels. Voir : bruxelles.article27.be.

[11Comme Le voutement de la Senne réalisé dans la seconde moitié du 19e siècle (de Jean-Baptiste Van Moer), L’incendie au Palais du Coudenberg en 1731 (de Gillis van Auwerkerken), La place Royale en 1832 (du Comte de Buisseret), Le port de Bruxelles au début du 18e siècle (d’Andreas Martin).

[12Musée de la Belgique et de son histoire, le musée BelVue, situé à 1000 Bruxelles à la place des Palais, propose un parcours sur l’histoire du pays selon différents axes, entre autres la colonisation, les émigrations et immigrations, les obédiences reconnues par l’État, le travail au 19e siècle.

[13Voir : Marie Fontaine et Bénédicte Verschaeren, La lessive. Recueillir des témoignages au sein d’un groupe en alphabétisation, Collectif Alpha, 2019.