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Saviez-vous qu’on peut être analphabète et travailler ? Ce sont les alpha-travailleurs

Analphabétisme et emploi ne sont pas forcément des mots que l’on met d’instinct ensemble, et pourtant. En France, l’ANLCI informe que 51% des personnes en situation d’illettrisme sont à l’emploi. En Belgique, nous ne disposons malheureusement pas de chiffres globaux. Néanmoins, en 2020, 7% des apprenants des régionales Lire et Écrire en Wallonie étaient des travailleurs. Parmi eux, 41% ont un contrat CDI. Quels sont les enjeux de l’alphabétisation pour ce public particulier ?

Dans le monde du travail, et même de manière générale, alphabétisation ne s’arrête pas simplement à savoir « lire, écrire et calculer », c’est tellement plus que cela. En effet, ce terme englobe d’autres compétences essentielles dans le cadre d’un emploi : l’environnement numérique, s’organiser, résoudre un problème, prendre des décisions, respecter un budget, communiquer aisément, trouver et utiliser des informations, rédiger des rapports, être polyvalent, … Il ne s’agit donc pas de compétences techniques requises à proprement parler pour un travail spécifique mais plutôt des capacités qui s’appliquent à tous les emplois.

Augmenter ses chances d’obtenir ou garder un emploi

En plus des compétences de base déjà caduques, les exigences du monde du travail actuel mettent les travailleurs analphabètes dans un rôle d’équilibriste où le vide n’est pas loin. En effet, dans un environnement fortement impacté par les transformations numériques et par les exigences croissantes de performance et de qualité, les travailleurs supportent une pression qui souvent rend leur travail plus pénible. Les travailleurs « peu qualifiés », infra-scolarisés, analphabètes, sont souvent mis en difficulté. Ils sont les plus exposés aux restructurations lors de changements organisationnels de leur entreprise, d’introduction de nouvelles procédures de travail, de modernisation d’outils…

Pourtant, travailler sur l’alphabétisation en milieu professionnel est un élément clé pour qu’une ville, une région, un pays et sa population puissent soutenir leur potentiel économique, industriel et social dans un monde en constante mutation. Encore plus aujourd’hui avec la crise sanitaire que l’on connait. C’est une problématique sur laquelle Lire et Écrire en Wallonie s’attelle depuis de nombreuses années mais qui s’avère un projet complexe et beaucoup reste à faire.

En effet, les problèmes que posent l’analphabétisme / illettrisme dans les activités professionnelles recouvrent une réalité bien difficile à cerner. Elle est souvent niée par les employeurs et par les salariés concernés eux-mêmes. On se rend d’ailleurs compte que les salariés désignés comme les moins qualifiés sont ceux qui bénéficient le moins d’actions de formation professionnelle. Et malgré le fait que ces difficultés fragilisent leur emploi et limitent les possibilités d’accès aux formations et aux qualifications ouvrant de nouvelles perspectives, ils sont assez peu demandeurs d’une formation professionnelle. Les raisons : la crainte de la stigmatisation et la peur de perdre leur emploi si leur analphabétisme vient à se savoir. Souvent, la décision d’entrer en formation auprès de Lire et Écrire vient d’un facteur déclencheur. Par exemple : devoir écrire à l’employeur pour prendre un congé parental, un changement de direction qui pose un ultimatum au travailleur pour apprendre les compétences de base, etc.

« Il faut que je me bouge pour pouvoir me débrouiller »,

apprenant Lire et Écrire Namur

Pour répondre à ces défis, trois dispositifs ont été mis en place par les Régionales wallonnes :

  • Une formation en dehors du temps de travail, soit le soir soit le samedi matin. Cette possibilité a l’avantage de garder une certaine confidentialité vis-à-vis de l’employeur.
  • La possibilité d’intégrer des formations en journée mais qui n’est pas orientée spécifiquement pour les travailleurs.
  • La possibilité de mettre en place un groupe de formation via le monde de l’entreprise, dans lequel se retrouvent des collègues de travail. Ce groupe est caractérisé par le fait que la formation se déroule (idéalement) pendant le temps de travail, avec maintien du salaire et est destiné à des travailleurs uniquement. Qu’ils soient de la même entreprise ou du même secteur. Dans ce cadre, des négociations sont en cours avec les cellules de reconversion wallonnes et les régionales wallonnes de Lire et Écrire.

« Avec la crise sanitaire que l’on connait, les faillites et donc les pertes d’emplois pendent au nez de beaucoup. Les entreprises ont besoin de s’appuyer sur tout le potentiel de leur capital humain pour se relancer. Le besoin d’investir dans la formation professionnelle pour conforter les compétences de base qui permettent d’être autonome n’a jamais été aussi important. La mobilisation doit se poursuivre et s’amplifier. Car investir dans la formation des compétences de base pour ses travailleurs, c’est améliorer les performances de l’entreprise, améliorer le bien-être au travail et surtout redonner à tous le pouvoir de choisir son avenir professionnel », Pablo Cué – directeur adjoint Lire et Écrire en Wallonie