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En 2020, 970 femmes ont franchi le pas d’apprendre à lire et à écrire

En Belgique, une personne sur dix ne sait ni lire ni écrire. Dans leur vie de tous les jours, ces personnes oscillent entre honte, tabou et règne de la débrouille. L’accès à une formation en alphabétisation de qualité est donc une urgence et une nécessité pour éviter de souffrir d’exclusion. En 2020, la crise sanitaire laisse des traces. Suite au 1er confinement, 62% des personnes qui ont abandonné leur formation en alphabétisation, dans les régionales wallonnes de Lire et Écrire, sont des femmes.

Nous vivons dans une société où l’écrit occupe une place centrale dans la plupart des dimensions de nos vies. Aujourd’hui, le fait d’éprouver des difficultés à lire ou à écrire ou, plus largement, à comprendre et à s’exprimer, est généralement facteur d’exclusion. C’est également une source de nombreuses complications dans la vie quotidienne, privée, sociale ou professionnelle. L’accès à une formation de qualité en alphabétisation est donc une nécessité urgente pour avoir accès à leurs droits fondamentaux. En 2020, ce sont 970 femmes qui ont décidé d’apprendre à lire et à écrire dans une des régionales wallonnes de Lire et Écrire. Parmi elles, 168 ont osé franchir le pas pour la toute première fois.

Cependant, force est de constater qu’avec les différents confinements et mesures sanitaires, certains apprenants ont été contraints d’arrêter leur formation. La grande absente : la femme. En effet, sur les personnes dans une démarches d’insertion socio­professionnelle qui ont arrêté leur formation à cause du 1er confinement, 62% sont des femmes. Dans certaines régions, le taux est même plus élevé. C’est le cas pour le Brabant wallon (65%), le Luxembourg (71%) ou encore Liège Huy Waremme (69%).

L’impact des confinements dans le suivi des formations

Au-delà de la problématique de l’accès aux outils numériques et de leur utilisation, on remarque que l’apprentissage à distance vient directement impacter la vie de famille et la position de l’apprenant au sein de sa famille. En effet, auparavant les apprenants avaient un moment et un lieu dédié à la formation, sans que cela ne rentre directement dans sa sphère intime.

Les mesures liées au confinement ont chamboulé totalement l’acquisition du savoir mais aussi les rapports familiaux. Parmi les situations vécues par des apprenantes dans les régionales, on peut noter les exemples suivants :

  • Les femmes se voient parfois « refuser » de continuer la formation par leur conjoint car elles doivent s’occuper de la maison et des enfants. Une apprenante partage d’ailleurs le fait qu’elle réalise ses exercices en cachette de son époux.
  • Certaines apprenantes ne veulent pas réaliser le travail face à leurs enfants, de peur qu’ils se moquent. Ou ils n’osent pas leur demander de l’aide car cela impacte directement le « rôle familial » et donc en quelque sorte le « rapport de force / d’autorité » : une maman explique que sa fille s’est moquée d’elle en voyant les exercices qu’elle réalisait, ce qui lui a donné un grand sentiment de honte et de rabaissement face à sa fille.
  • La présence d’autres personnes ou non impacte aussi l’apprentissage : une formatrice expliquait qu’elle téléphonait à une apprenante d’un groupe oral, et quand elle était seule dans une pièce elle parlait de manière « continue » sans trop de soucis ; mais quand quelqu’un était dans la même pièce qu’elle, l’exercice était plus laborieux et l’apprenante répondait par des phrases très courtes.

L’accès à une formation de qualité, un droit essentiel pour éviter les exclusions

Des personnes s’engagent en alpha pour des raisons liées à la qualification et à l’emploi mais la réalité est bien plus complexe : la conquête d’une plus grande autonomie, la volonté d’assumer pleinement son rôle de parent, le lien social, trouver sa place au sein de sa famille et/ou de la société… sont toutes des raisons qui poussent les apprenants à venir en formation.

Les actions d’alphabétisation ne se limitent donc pas à l’acquisition de compétences linguistiques mais s’intègrent dans des objectifs plus larges de lutte contre les inégalités sociales, de cohésion sociale, de droit à l’éducation et à la formation, de défense des droits fondamentaux, d’émancipation sociale, etc.

Le droit à l’alphabétisation est un droit fondamental. C’est aussi un moteur clé de la croissance économique et du changement social. C’est la base de l’autonomisation des femmes et d’une société plus égalitaire. L’accès à une formation d’alphabétisation de qualité est donc un enjeu de société prioritaire et encore plus aujourd’hui où nous assistons à une digitalisation des pouvoirs locaux et des services de base (prise de rendez-vous chez le médecin, guichets SNCB, agences bancaires…).

Des initiatives soutenues par le Gouvernement wallon existent mais sont insuffisantes. Lire et Écrire en Wallonie souhaite aller plus loin : la création d’un observatoire wallon pour enfin connaître la situation exacte de l’analphabétisme en Wallonie ainsi qu’un plan de lutte contre l’analphabétisme, qui prend en compte toute la complexité des parcours et donc la transversalité de la formation, seraient une avancée importante.

En 2020, les régionale wallonnes de Lire et Écrire ont accueilli 970 femmes. 168 ont poussé la porte d'une formation pour les première fois. Statut socio­professionnel : 19,8 % de chômeuses complètes indemnisées, 30 % au CPAS, 36,4 % sans revenu propre, 13,9 % d'autres. 62 % des personnes qui ont dû arrêter leur formation à cause des confinements en 2020 sont des femmes.