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Édito du Journal de l’alpha 224

Méthodes pédagogiques

Éditorial du Journal de l’alpha 224 : Méthodes pédagogiques.

En alphabétisation, comme plus largement en formation des adultes, les méthodes sont souvent méconnues des acteurs qui ne sont pas directement impliqués dans les pratiques de formation. C’est un sujet qui ne semble pas beaucoup interroger…

Les discussions – parfois vives – portent plus volontiers sur les orientations philosophiques, politiques et/ou idéologiques des pédagogies. Ces orientations ainsi que leur (in)adéquation supposée sont régulièrement médiatisées dans des débats qui portent sur l’école.

Du côté des professionnels, tous arrivés à l’alpha par des chemins de traverse, les méthodes semblent pour eux se situer dans un « quelque part » aux contours un peu flous entre outils, manuels, consignes, didactiques, séquences pédagogiques et pédagogies. Au démarrage d’une formation d’alpha ou de FLE, comme en témoigne Marie Fontaine dans sa contribution, il y a une grande « fringale » de manuels et d’outils.

Dans les échanges d’équipe ou interéquipes, il arrive souvent un moment où il faut (re)clarifier ce que chacun·e met derrière ces mots. Que ce soit au départ d’un incident critique ou d’un effet inattendu, d’une volonté d’évaluer un dispositif ou de construire de nouveaux dispositifs d’apprentissage, il s’agit « en solo » ou en équipe de porter un regard réflexif et analytique sur les différentes composantes d’une situation pédagogique particulière.

Les méthodes en sont un maillon central et structurant, situées entre intentions pédagogiques et réalités de l’action.

En guise d’introduction à ce Journal de l’alpha, Sylvie-Anne Goffinet propose des repères pour définir ce que recouvrent différents concepts, dont celui de méthode, en faisant apparaitre ce qui les distingue mais aussi les chevauchements qui peuvent exister entre certains d’entre eux.

À partir du champ de l’école, Jacques Cornet balise les grands courants pédagogiques à partir de la distinction entre pédagogies transmissives et pédagogies actives.

Une même méthode ne produit pas les mêmes effets en toutes circonstances, toutes les méthodes ne se valent pas. Elles ne sont pas neutres, elles ont été construites et témoignent de choix pédagogiques. Pour autant, elles ont aussi une certaine malléabilité et perméabilité, certaines s’empilent, se complètent ; d’autres semblent cependant incompatibles. Toutes interrogent la cohérence, la pertinence et l’efficience de l’action pédagogique.

Les autres contributions de ce Journal de l’alpha abordent les méthodes pédagogiques à partir de différentes portes d’entrée.

En alpha comme partout, le covid s’est invité dans les pratiques, bousculant notamment les dimensions individuelles et collectives des dispositifs, la relation formateur-apprenants et les relations entre apprenants. Deux contributions en témoignent de manière très contrastée, illustrant au travers des méthodes mises en œuvre des conceptions différentes de l’alphabétisation : déficitaire (rattrapage de type scolaire), managériale (montée en compétences des individus dans une visée pragmatique et utilitariste) et compréhensive (axée sur les dimensions sociales et culturelles) [1].

Plusieurs contributions explorent la thématique de ce numéro à partir des langages fondamentaux et de leur didactique : lecture [2] et mathématiques principalement. D’autres témoignent d’une expérience pratique particulière : découverte du « qu’est-ce que lire ? » avec la gestion mentale, échanges linguistiques en vue de l’acquisition du français oral et pratique de « médiation culturelle » adaptée à la visite de musées avec des groupes d’alpha.

Proposer un échange sur les méthodes – par Journal de l’alpha interposé – permet de tisser des liens entre le secteur associatif de la formation d’adultes et la promotion sociale [3], le secteur de l’alpha et le monde scolaire, mais aussi entre le domaine de la recherche et le terrain.

À Lire et Écrire, comme dans de nombreuses autres associations, nous portons haut et fort notre attachement aux pédagogies émancipatrices [4], issues à la fois des pratiques d’éducation populaire – éducation permanente [5] – et de ce que Yves Reuter désigne dans son article par « pédagogies différentes ». Nous portons ce projet pédagogique dans une double conviction : celle des valeurs – l’alphabétisation dans une perspective d’émancipation, de participation des personnes et de changement social vers plus d’égalité [6] – et celle de la pertinence et de l’efficacité pédagogique.

Il est précieux pour des acteurs associatifs tels que Lire et Écrire que des recherches universitaires étayent et appuient ces orientations.


[1Voir : Aurélie Audemar et Catherine Stercq (coord.), Balises pour l’alphabétisation populaire. Comprendre, réfléchir et agir le monde, Lire et Écrire, 2017, pp. 29-30.

[2En complément de l’article d’Éveline Charmeux publié dans ce numéro sur la lecture, lire : Éveline Charmeux, Pour qu’ils maîtrisent l’orthographe, faut-il l’enseigner autrement ?, in Journal de l’alpha, no 173, avril 2010, pp. 46-56.

[3En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’enseignement de promotion sociale offre aux adultes et jeunes adultes la possibilité d’acquérir un titre d’études qu’ils n’ont pas obtenu durant leur formation initiale. Cet enseignement intervient aussi dans le cadre de la formation personnelle et professionnelle continue.

[4Voir : Journal de l’alpha, Pédagogies émancipatrices, no 145, février-mars 2005 ; Journal de l’alpha, Pédagogies émancipatrices et démarches citoyennes, no 192, 1er trimestre 2014. Le lecteur trouvera de nombreux autres articles sur l’une ou l’autre méthode pédagogique émancipatrice dans différents numéros du Journal de l’alpha.

[5Selon l’article 1er du décret Éducation permanente tel que modifié en 2018, l’action d’éducation permanente dans le champ de la vie associative vise l’analyse critique de la société, la stimulation d’initiatives démocratiques et collectives, le développement de la citoyenneté active et l’exercice des droits civils et politiques, sociaux, économiques, culturels et environnementaux dans une perspective d’émancipation individuelle et collective des publics en privilégiant leur participation active et leur expression culturelle.