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Enregistrements : journée Smartphone et numérique : deux expériences pour repenser l’apprentissage en alpha pop

Avec transcriptions et support de présentation

Le 14 avril 2026 Lire et Écrire Communauté française proposait une journée de réflexion-action autour de l’usage du smartphone et des outils numériques en alphabétisation populaire et s’appuyant sur deux expériences concrètes.

Les enregistrements des interventions du matin sont désormais disponibles (l’après-midi, se tenaient des ateliers de découverte des deux outils présentés).

Grâce à Anna Cattan, de Langues Plurielles, nous avons réfléchi et expérimenté autour de l’application J’apprends, au service de l’alphabétisation populaire : un outil qui part réellement des besoins des apprenantes débutant en français.

Nous avons également, avec Thida Sewin de Lire et Écrire Brabant wallon et Fabien Masson de Lire et Écrire Bruxelles, découvert la toute prochaine AppLEE, qui nous plonge dans une salle de formation et permet d’expérimenter les outils numérisés du cadre de référence de Lire et Écrire, depuis une posture de formateurrice ou en nous glissant dans la peau d’une stagiaire.

Pour nous, ce fut un véritable plaisir de pouvoir partager, échanger et approfondir des perspectives, des expériences et des ressources, afin de continuer à construire, à travers l’alphabétisation populaire, une émancipation individuelle et collective pour toutes et tous.

Nous faisons nôtres les paroles de Paulo Freire, reformulées pour notre époque :

Personne ne sait tout, ni personne n’ignore tout ; personne n’enseigne à personne, personne n’apprend seul ; les êtres humains apprennent entre eux par la médiation du monde.

Un grand merci à toutes et tous pour votre présence et votre participation lors de cette journée !

Enregistrements

Introduction

Par Anne Coppieters, directrice de Lire et Écrire Communauté française.

Introduction
Par Anne Coppieters.


Transcription

Bonjour à toutes et à tous, je m’appelle Anne Coppieters, et je suis directrice de Lire et Écrire Communauté française. Je suis très heureuse de vous accueillir aujourd’hui pour cette journée de séminaire autour de l’usage du smartphone comme outil numérique en alphabétisation populaire.

Cette rencontre est organisée dans le cadre de nos activités soutenues par le Fonds social européen. Fonds social européen, qui nous soutient depuis de nombreuses années sur les questions du numérique en lien avec les publics alpha.

Aujourd’hui, nous allons parler « smartphones ». Je ne sais pas si vous vous souvenez du moment où le smartphone est entré dans vos vies. Pour moi, c’était en 2014 et il a changé ma vie, comme un outil de communication exceptionnel pour gérer ma vie professionnelle, ma vie familiale. Je faisais déjà dix choses à la fois, avant le smartphone. Et, depuis, je suis passé à, parfois, 30 choses à la fois.

Mais par ailleurs – ne l’oublions pas – le smartphone c’est aussi, aujourd’hui :

  • Une question de souveraineté et de dépendance technologique via les GAFAM.
  • Il pose des questions de surveillance et de vie privée.
  • Il est un outil majeur de contrôle politique. Et on l’a encore vu récemment dans le cadre de l’Iran et de la coupure internet qui a sévi sur ce pays.
  • Il a un impact majeur en termes de désinformation.
  • Il pose des questions et des problèmes environnementaux et éthiques majeurs.
  • Mais c’est aussi un outil incroyable de mobilisation citoyenne.

Et donc, tous ces sujets, ce sont des sujets dont nous ne parlerons pas aujourd’hui. Ce sera peur-être l’objet d’un autre rendrez-vous.

Mais, aujourd’hui, notre journée s’intitule : Smartphone et numérique : deux expériences pour repenser l’apprentissage en alphabétisation populaire. Il s’agit de réfléchir et d’agir afin de concilier l’usage du smartphone et des outils numériques avec les pratiques de l’alphabétisation populaire. Et c’est un choix que nous avons fait depuis de nombreuses années : d’inclure dans nos pratiques d’alpha la dimension numérique, parce que c’est une demande de nos publics.

Nous allons aborder cette thématique à partir de deux expériences concrètes. Tout d’abord, l’application J’apprends, et on a le plaisir d’accueillir aujourd’hui Anne Cattan, qui est une coordinatrice pédagogique de l’application, et également formatrice, je pense, en français et en alphabétisation.

L’application J’apprends, je pense, existe depuis 2019. Je l’ai sur mon smartphone depuis longtemps. Elle a été créée par l’association française Langues plurielles et le studio Small Bang. Il s’agit, en fait, de la première génération d’applications explicitement conçues pour des adultes pas ou peu scolarisés.

Deuxième application : c’est l’application qui s’appelle, depuis hier, l’Apps Lire et Écrire, c’est ça ? [Quelqu’un du public souffle le nouveau nom.] AppLEE, voilà. Donc, l’AppLEE, c’est une application que nous développons depuis trois ans maintenant et qui est accessible sur le web, sur smartphone et sur tablette, et qui intègre les outils issus de notre cadre de référence Balises pour l’alphabétisation populaire.

Pour nous en parler aujourd’hui, deux collègues de Lire et Écrire : Thida Sewin, de Lire et Écrire Brabant wallon, et Fabien Masson, mon collègue de Lire et Écrire Bruxelles. Tous deux font partie de l’équipe chargée du développement et de l’expérimentation de cette application.

3. Déroulement de la journée
Aujourd’hui, la journée sera structurée en deux temps :

  • La matinée sera consacrée à la discussion et à la réflexion collective, en présence des porteurs de ces projets.
  • Et l’après-midi sera dédiée à l’expérimentation de ces deux ressources, afin de les découvrir concrètement et de les tester ensemble.

Je vous souhaite une journée riche et stimulante. Vous êtes ici chez vous.

Merci encore d’être parmi nous aujourd’hui !

[Applaudissements.]


Présentation de J’apprends

Par Anna Cattan, coordinatrice pédagogique de l’application J’apprends, également formatrice en français et en alphabétisation.

Présentation de J’apprends
Par Anna Cattan.
Vidéo de présentation de J’apprends, montrée par Anna
Aussi disponible sur Vimeo.


Transcription

[Anna Cattan] Bonjour à toutes et à tous, merci à Lire et Écrire de cette invitation. Je réalise un rêve en vous rencontrant toutes et tous aujourd’hui. Lire et Écrire, c’est une association qui est très très importante en France, qui a guidé nos pas en alphabétisation, les unes et les autres, et donc venir présenter J’apprends après cinq ans d’existence, en sachant qu’en plus Fabien est venu au tout début, à la naissance de J’apprends – à Paris à l’occasion de la présentation de ta conférence gesticulée sur l’alphabétisation, avec Vicky à ce moment-là – on s’était dit que c’était l’occasion de se rencontrer.

Et donc aujourd’hui, cinq ans plus tard, je viens vous présenter J’apprends, l’expérience que ça a été de créer une application comme celle-ci. Comment elle a vécu pendant cinq ans auprès des apprenants et auprès des formateurices. Je vais parfois utiliser le mot d’apprenant, de stagiaire ou de participant aux ateliers d’alphabétisation. Et quand on a préparé cette matinée, cette journée avec Segundo, Fabien et Thida, on s’est dit que c’était intéressant pour vous d’avoir aussi des retours sur les points forts, et puis les points faibles de ces expériences.

Je n’ai pas préparé de PowerPoint parce que j’avais vraiment envie qu’on soit dans l’esprit d’une rencontre, d’un échange. Je vais prendre la parole pendant vingt minutes à peu près, mais n’hésitez pas à me couper. Et puis de toute façon, après, on échange.

Et donc, juste avant, je vais vous présenter une toute petite vidéo de l’application, comme ça, pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette application. D’ailleurs, est-ce qu’il y a des personnes qui ne connaissent pas l’application ? […] Bon, ben, c’est super. Ça vaut le coup de faire la petite présentation. Voilà. Très bien.

Je vais juste me présenter. Donc, moi, je suis française. Je suis formatrice en français en alphabétisation depuis le début des années 2000. Je fais des études pour ça en France, pour être formateur en alphabétisation. On fait des études de français langue étrangère. Et ensuite, on se spécialise de façon autodidacte sur le terrain, en alphabétisation, parce que beaucoup de personnes immigrantes n’ont pas été scolarisées dans leur pays d’origine. Ce qu’on appelle en France l’alphabétisation, c’est vraiment des pratiques de formation d’adultes pour des personnes immigrantes qui n’ont jamais été scolarisées dans leur pays d’origine, ou moins de cinq ans, ou bien qui ont été scolarisées dans ce qu’on appelle les écoles coraniques, ou les écoles informelles traditionnelles, qui existaient avant les colonisations, qui sont des écoles importantes, avec une éducation spirituelle.

Et moi, j’ai travaillé aussi dans le secteur de l’illettrisme. Ce qu’on appelle en France une personne illettrée, l’illettrisme, c’est le fait de proposer des formations pour des personnes qui ont eu une trajectoire de formation formelle, disons, à l’école, en France ou dans un pays francophone, donc en langue française en tout cas, et qui n’a pas, à la fin de sa scolarisation, atteint la maitrise des savoirs de base nécessaires pour se sentir à l’aise dans sa francophonie écrite, et parfois orale d’ailleurs. Donc c’est un peu bizarre, mais c’est comme ça qu’on arrive à l’alphabétisation et à la lutte contre l’illettrisme en France comme métier, c’est qu’on passe par le français langue étrangère.

Donc J’apprends, c’est une application d’alphabétisation au sens que je viens de vous expliquer, c’est-à-dire que c’est fait pour les personnes qui arrivent pendant une trajectoire migratoire ou après une trajectoire migratoire dans un pays francophone, donc aussi bien la Belgique, le Québec, ailleurs, et certains pays aussi, quand il y a une migration en Afrique aussi, dans un autre pays francophone. C’est pour des personnes qui parlent ou ne parlent pas du tout le français, donc allophones ou francophones, et on avait envie que ce soit une expérience qui les accompagne, à côté des cours de français, pour celles et ceux qui prenaient déjà des cours d’alphabétisation, ou qui leur donnent envie de s’inscrire à un cours de français. Donc, c’est une appli d’accompagnement, d’une expérience.
Donc, je vous montre la petite vidéo de présentation pour que vous ayez une idée de ça.

[Voix de la vidéo] J’apprends est un jeu gratuit pour apprendre le français à l’âge adulte, même quand on ne sait ni lire ni écrire. Avec J’apprends, entrez dans la langue française facilement et en vous amusant. À chaque épisode, des personnages vous entrainent dans l’aventure. Partez à leur rencontre, découvrez avec eux la ville, réalisez des missions et des mini-jeux pédagogiques. Vous vous familiariserez avec des situations et du vocabulaire de la vie de tous les jours. Pour progresser et mémoriser, vous pourrez aussi utiliser votre carnet.

Les formatrices et formateurs de Langues plurielles ont mis au point cette méthode innovante et facile en travaillant en cours avec les apprenants. Si vous êtes formatrice ou formateur en français et en alphabétisation, J’apprends vous plaira. C’est l’outil complémentaire aux cours que vous attendiez depuis longtemps. J’apprends permet aux apprenantes et aux apprenants de travailler en autonomie. Il peut aussi être une source d’inspiration pour vos cours.

Téléchargez et partagez J’apprends. N’oubliez pas de noter l’application sur les stores pour la faire connaitre.

[Anna Cattan] Donc, comme vous le voyez, sur Internet nous avons mis en place un site qui s’appelle j-apprends.fr sur lequel il y a tout. La présentation de l’esprit de cette application et une foire aux questions des formateurs : pour les formateurs il y a une page dédiée dans laquelle vous avez des démos, une démonstration. Et puis tout un tas d’explications qui vous permettent de prendre en main l’application. Cette prise en main de l’application, je vais la présenter en particulier cet après-midi. Pour que vous voyiez en fait ce qu’elle révèle. Et on s’est dit que c’était pas mal de le faire par une activité de prise en main de l’application. Que vous le découvriez par vous-même. Donc, ce matin, je vous présente notre expérience. Les raisons pour lesquelles on a créé une application en alphabétisation. Ce qui marche, et ce qui ne marche pas.

Alors juste pour vous dire d’où je parle. Moi si je suis cofondatrice de Langues plurielles et que j’y ai travaillé pendant dix ans. Je n’y travaille plus depuis 2021. Parce que j’ai décidé de faire de la recherche en Sciences de l’éducation. Pour l’alphabétisation. Parce que – je ne sais pas exactement comment ça se passe en Belgique – mais les personnes qui relèvent de l’alphabétisation en France sont des personnes qui sont victimes de racisme. D’un vrai classisme aussi. Qui sont dénigrées, dont les savoirs sont dénigrés. Et les formateurs et les formatrices, les acteurs de l’apprentissage du français, sont souvent empêchés de faire un travail émancipateur avec les personnes. Et sont donc lancés dans un devoir un peu civilisationnel, en apprenant à lire et à écrire, pour que les personnes remplissent une fonction sociale, s’intègrent. Et, donc, j’ai décidé de m’intéresser aux personnes, à toute leur trajectoire, en fait, à ce qu’ils savaient avant. Donc, en fait, j’ai quitté Langues plurielles, mais je suis restée : Langues plurielles c’est une coopérative – c’est un statut qui est entre l’ASBL et l’entreprise, donc, il n’y a pas de profit – mais, quand on est en coopérative, on peut rester sociétaire extérieure. Donc, à ce titre, je suis restée dans l’aventure de Langues plurielles et je continue de porter la présentation du projet de J’apprends, parce que c’est moi qui l’ai coordonné.

J’apprends est né en 2015. Son idée est née en 2015, pendant la grande crise appelée la crise des migrants en Europe lorsque beaucoup de Syriens, d’Éthiopiens, et de Somaliens sont arrivés en Europe. Et à ce moment-là, Langues plurielles s’est dit qu’elle voulait absolument rejoindre tout le mouvement d’accueil linguistique des personnes qui arrivaient. On est donc allé donner des cours de français dans les centres d’hébergement pour les demandeurs d’asile. Et là, on a mis en place nos cours d’alphabétisation, d’alpha-FLE, pour des personnes allophones. Et on s’est rendu compte que les personnes, si elles vivaient dans des situations extrêmement précaires à leur arrivée, elles avaient toutes un smartphone. On était très étonnés : pas de téléphone à touche, un smartphone. Nous, on commençait seulement à l’époque à utiliser des groupes WhatsApp avec les personnes qu’on avait en cours. Et on s’est rendu compte que les personnes étaient véritablement sur WhatsApp, que ça se passait bien, mais qu’ils n’étaient pas que des usagères et des usagers de WhatsApp. Ils utilisaient énormément de choses : ils faisaient des vidéos, ils s’autoformaient en français, ou dans d’autres langues, ils regardaient des vidéos, ils lisaient aussi certains documents. Ils pratiquaient déjà les services administratifs en ligne ! Et donc, on était vraiment très étonné.

On s’est dit qu’on allait profiter de ces premières expérimentations de cours d’alphabétisation dans les centres d’hébergement pour observer les personnes, les observer pendant qu’elles apprennent et les observer aussi dans l’usage des smartphones. Et là, on s’est rendu compte avec les formateurices de la première promo 2016 qu’il y avait des usages maitrisés, d’autres qui l’étaient moins, et surtout, il manquait des choses. Et ce qu’il manquait, c’était quand les apprenants pendant les cours disaient : Bon, alors, on se revoit vendredi. Il y avait eu un cours lundi, mardi, et un autre vendredi. Ils disaient : Mais qu’est-ce qu’on fait jusqu’à vendredi ? Parce que nous, on s’ennuie la journée. Et à Langues plurielles, on a plutôt donné, depuis la création en 2011, des cours à des salariés qui relevaient de l’alphabétisation, dans leur entreprise, qui n’avaient pas le temps de travailler entre les séances. On n’était donc pas habitué à proposer du travail entre les séances. Et là, on s’est dit : Mais si les personnes s’ennuient… pendant qu’elles s’ennuient, c’est pas mal qu’elles aient quelque chose à faire sur leur smartphone. Donc, on s’est dit : Créons quelque chose qui n’existait pas et qui a été demandé par les apprenants.

Pour cette application, on a dû chercher des financements et on a obtenu des financements. Et notre idée, c’était que l’intelligence artificielle n’était pas du tout communément utilisée dans le domaine public et on n’y a pas du tout pensé. On s’est dit : On va faire une application accessible. On voulait qu’elle soit gratuite. Les personnes nous ont dit que s’ils avaient des smartphones, ils avaient des smartphones avec très peu de mémoire. Ils avaient, en gros, les smartphones qu’ils avaient trouvés dans le réseau informel, au noir. Il y avait très peu de mémoire et il ne fallait pas que l’appli soit lourde. Donc, on a fait avec toutes les contraintes techniques qui nous ont été données par le public et on a pensé à une application parce qu’à ce moment-là, il se trouve qu’une autre petite… Alors, Langues plurielles, c’est une petite structure qui a huit salariés permanents et dix salariés ponctuels. C’est une petite SCOP [1], disons. Et puis, on connaissait une autre petite entreprise de studio multimédia qui est en mesure de monter des applications. Il se trouve que c’est mon frère jumeau qui gérait cette petite entreprise artisanale. Et on avait à cœur de faire un projet ensemble depuis longtemps et on s’est dit : Bon ben, lions nos envies.

Dès le début, l’équipe technique de Small Bang nous a dit : Si vous, vous voulez faire quelque chose pour le public que vous connaissez bien, nous, on veut faire quelque chose qui réponde complètement à vos demandes mutuelles. On ne veut pas vous dire : Alors, la technique ne peut pas. Vous, vous voulez que les personnes puissent réécouter quinze fois le message ? Vous voulez que les personnes ne soient pas coincées, qu’elles prennent du temps pour tout ce que vous voulez pour des raisons pédagogiques et des raisons d’écoute de la parole de vos usagers ? Ben, on va le faire. Donc, on va tordre la technique, mais on ne tordra pas le pédagogique.

Donc, ça, c’était déjà formidable. Ce n’est pas le cas pour tout. Et pour toutes les équipes qui développent les applications, on a trouvé que c’était précieux. Et je pense qu’aujourd’hui, que c’est le succès de la pérennité de la technique. C’est très rare d’avoir une application qui a une durée de vie aussi longue quand ce n’est pas une application au CAC 40, je veux dire, qui est maintenue par plein de développeurs. C’est une application qui a été créée par un développeur qui, encore aujourd’hui, travaille une fois par an à maintenir l’application. Mais, et elle fonctionne parce qu’elle a toujours été pensée pour répondre directement à des besoins.

Je dirais que le point fort de notre application, c’est qu’elle est restée gratuite, qu’elle nécessite une connexion pour le téléchargement, mais qu’une fois qu’elle est téléchargée, elle ne nécessite plus du tout de connexion internet. Donc, ça, c’est très bien. Elle est restée pas trop trop lourde, malgré le fait qu’au tout début, elle n’avait que trois épisodes. Maintenant, elle a sept épisodes. Elle n’en aura pas plus. Parce que sinon, elle deviendra trop lourde. Donc, on est resté dans ça.

Et il se trouve que les usagers, ce qu’ils aiment, c’est d’avoir une expérience qui est une expérience de fourmi ou une expérience de sauterelle. La fourmi – vous vous reconnaitrez peut-être – c’est la personne apprenante qui a besoin de faire les choses dans l’ordre, qu’il y ait un plan, qu’on sache où on va, qu’on fasse le premier exercice, qu’il soit validé, qu’il développe le deuxième, etc. C’est un apprentissage, disons, scolaire. Puis la sauterelle, elle va vouloir bidouiller, arriver à l’épisode 2 parce que ça l’inspire. Elle n’a pas du tout envie de faire l’épisode 1 qui parle de la vie quotidienne. Elle voudra directement aller à l’épisode 2, qui parle de sport, ou bien l’épisode 7. Donc, elle va picorer un petit peu partout, sauter d’un endroit à un autre. Donc, cette application, elle favorise les deux possibilités, mais elle encourage à avoir un premier parcours de fourmi qui est un parcours progressif. Donc, en fait, un usager peut faire l’application, du début jusqu’à la fin, il est encouragé à le faire parce que les épisodes se débloquent au fur et à mesure de l’apprentissage. Mais sur le site internet, on a présenté ce qu’on appelle un code de triche, c’est-à-dire que la sauterelle peut tricher dès le début. C’est dit sur le site internet. On le dit aux formateurs. Ce code de triche, il permet de débloquer toute l’application pour celles et ceux qui n’auraient pas du tout envie de faire les fourmis. Et on s’est rendu compte que, parmi les apprenants en alphabétisation, dans les cours, il y en a qui sont très fourmis et puis il y en a qui ont besoin de faire des choses éparses.

Une autre particularité de J’apprends, c’est qu’il est possible de faire les activités dans le… Je vous montre juste une chose : J’apprends se présente en épisodes comme ça. Vous voyez « 1, 2, 3… » au milieu. Et cette partie « épisodes », elle est accessible depuis le menu principal. Ça, c’est ce qu’on appelle le mode « Histoire », qui ouvre tous les épisodes dans l’ordre. Et puis ça, c’est le mode « Carnet ». C’est un mode dans lequel on va retrouver tout ce que les personnes ont gagné au fur et à mesure de leur expérience. Et, ce mode « Histoire », c’est celui-ci, qui encourage à faire l’histoire dans l’ordre. Mais il est donc possible de débloquer tous les épisodes. La raison pour laquelle on a fait des épisodes, c’est que c’était un peu l’avènement des séries. Je pense qu’on regarde un peu tous des séries. Depuis pas mal de temps, il y a les épisode 1, épisode 2… on imaginait une saison 1, une saison 2, etc. Et on s’est dit : On n’a qu’à le faire en épisodes. Et comme ça, les gens ont envie de suivre les épisodes d’après. Quand on clique sur un épisode, on découvre sept activités. Et ces sept activités sont réparties de trois manières différentes. Je ne les ai pas là. C’est pas grave, je vous montrerai le menu tout à l’heure.

Donc, les sept activités mélangent trois grandes formes d’activités dans J’apprends. La première forme, c’est un mode « Dialogue ». C’est-à-dire que dans J’apprends, dans chaque épisode, l’utilisateur peut dialoguer avec quelqu’un, avec un personnage. Et les personnages, on a créé des personnages dans J’apprends, qui sont des personnages accueillants, qui sont des personnages de la vie quotidienne de l’utilisateur. On n’avait pas envie que J’apprends soit une application dans laquelle l’utilisateur a une expérience d’arriver en France ou d’arriver dans un pays francophone. On voulait que l’utilisateur soit déjà dans sa vie francophone. Donc, Gigi, qui est le personnage principal, est une femme qui est la colocataire de l’utilisateur. C’est sa colocataire, ils vivent ensemble depuis un certain temps. Et ils ont une vie quotidienne en France ou dans un pays francophone. Et, Gigi, en fait, elle est la personne – mais qui est réelle, qui existe dans la vie de tous les jours – des personnes qui arrivent en France et qui vivent en France. C’est-à-dire qu’il y a toujours une personne francophone un peu sympa qui fait avec, qui aide, et qu’on appelle quand on a une difficulté. Donc, on n’avait pas envie d’inventer des situations numériques qui ne ressemblent pas à la vraie vie. On voulait que cette situation numérique ressemble à ce qui se passe, pour ne pas mettre dans des difficultés imaginaires. Quand les personnes vivent en ville et c’est souvent le cas des personnes immigrantes qui arrivent d’abord dans une grosse métropole avant d’aller éventuellement vivre dans une petite ville ou dans un village, ce qui est plus rare. En tout cas, elles sont toujours entourées de personnes et, dans un atelier d’alphabétisation ou dans un service social, elles sont accueillies par une personne francophone qui va leur expliquer des choses. Donc, on avait envie que ça ressemble à ça. Et les personnes, tous les dialogues sont des dialogues de la vie quotidienne, avec une particularité que je vous montrerai un petit peu cet après-midi aussi, c’est que dans les dialogues, il y a un mode karaoké et un mode syllabique qui permet aux usagers d’interagir avec le personnage en étant guidés, mais en apprenant à lire et aussi à écrire.

Donc, les dialogues sont parlés, l’usager peut réécouter autant de fois qu’il le souhaite le message que lui dit le personnage et il a la possibilité, pour s’exprimer, de dire dans le micro sa réponse et ensuite d’interagir en lecture-écriture. On a utilisé dans J’apprends des fonctions de reconnaissance vocale qui ne sont pas propres à cette appli, qui sont propres aux applis de smartphones que nous avons les uns et les autres. C’est-à-dire que quand un utilisateur parle dans J’apprends, ce n’est pas l’équipe de Langues plurielles qui décide qu’il comprend ce qu’il dit, c’est Siri, sur Apple, et c’est l’autre sur Samsung, OK Google. Parce qu’on s’est dit que, finalement, les usagers, l’expérience qu’ils avaient réelle du smartphone, c’est quand même l’expérience qu’ils font tous les jours : de pouvoir parler dans un smartphone qui les comprend ou qui ne les comprend pas. Donc, on s’est dit que la validation des productions orales des apprenants sur l’appli, il fallait que ce soit une application qui ressemble aussi à leur vie réelle et qui n’ait pas un caractère de validation pédagogique, mais qui soit un caractère de validation comme dans la vie réelle. Est-ce que ton téléphone te comprend quand tu parles en français ? Oui ou non ? Si ton téléphone ne te comprend pas, l’appli J’apprends ne va pas te comprendre.

Par contre, comme c’est une appli pédagogique, on n’a pas envie que tu sois énervé contre ton téléphone qui ne te comprend jamais. Donc, au bout de trois essais, si Google ne te comprend pas, nous, on s’en fout. Tu continues ton expérience. Donc, pédagogiquement, ce qu’on a fait, c’est faire en sorte que J’apprends soit une expérience d’utilisation d’une appli camarade, d’une appli qui soutient un apprentissage, qui n’est pas là pour bloquer la personne dans son expérience francophone, comme elle pourrait être bloquée par une appli française ou belge qui ne s’intéresse pas à sa compétence orale, à la façon dont elle prononce les choses. Je ne sais pas si vous voyez ce que je vous dis, enfin, ce que j’essaie d’expliquer. C’était vraiment très important pour nous que J’apprends ait ça. Dans les épisodes, il y a donc le mode « Dialogue » que je viens de vous présenter.

Il y a un mode jeu. Donc, il y a deux activités de jeu. Et là, c’est plutôt le studio Small Bang qui nous disait : Je vous jure, quand on fait une appli, il faut que l’appli, elle ne soit pas que pédagogique. Il faut qu’elle soit vraiment ludique, mais ludique gratuite. Le jeu débile qu’on fait quand on est dans le métro et qu’on a envie de perdre du temps. Moi, je ne sais pas, je ne prends pas le métro, je suis toujours à vélo, donc je ne connais pas bien ce truc. Mais, à l’époque, c’était Candy Crush. Ça vous dit quelque chose ? Voilà : des jeux, mais même des jeux d’arcade qu’on avait quand on était petit, etc. Donc, il y a une partie qui est vraiment jeu pour le plaisir de faire des jeux. Vous en avez vu dans le petit extrait : quand l’utilisateur va dans un supermarché et qu’il doit choisir des fruits et des légumes. Gigi lui dit : OK, tu vas au supermarché, mais on a juste besoin de fruits. On n’a pas besoin de légumes. J’en ai acheté. Donc là, l’activité qui va être proposée, c’est une activité dans laquelle il va devoir sélectionner dans son petit caddie seulement des fruits, pas des légumes. Mais pour ça, il utilise un petit jeu d’arcade qui lui fait sélectionner les fruits seulement et pas les légumes. Mais c’est du jeu gratuit dans le sens où, clairement, il n’y a pas de vocation vraiment pédagogique à part s’amuser. Donc, il y a aussi ça dans J’apprends.

Et puis, dans les sept activités par épisode : trois activités de dialogue, deux activités de jeu, il y a deux dernières activités qui sont les activités qu’on retrouve typiquement dans des cours d’alphabétisation. Dans ces activités, on va essayer de former un mot avec les phonèmes. On entend des phonèmes et on doit les retrouver en graphèmes. Ça, ça va ressembler à des activités d’alphabétisation. On les propose comme ça.

Pendant les sept activités de chaque épisode, les personnes vont gagner : ils vont gagner des sons, ils vont gagner des mots, et ils vont gagner des phrases. Ces phrases et ces mots gagnés vont se retrouver dans le carnet. Ce carnet se présente de cette manière-là : on va ici, ça, c’est la page des sons. Les personnes, si elles ont gagné des sons, elles les retrouvent ici. On a ensuite le dictionnaire, le Dico, c’est un dico sur lequel on retrouve les mots qui ont été gagnés avec un système de flashcard. Ici, on gagne des phrases. Ici, on a un carnet d’expressions. Et ici, on peut réécrire aussi des phrases. Alors ça, je vais vous le montrer. Je peux juste passer la HDMI de l’un à l’autre parce qu’en fait, on est vraiment très, très technique. Donc, je vous ai apporté ici un iPad qui permet de présenter J’apprends collectivement, parce que dans les limites, dans les petits défauts de J’apprends, les points faibles, c’est que J’apprends n’existe que sur application. Elle n’existe pas sur ordinateur. Donc, il y a beaucoup de formatrices et de formateurs qui sont embêtés par ça. Et donc, nous, on aurait aimé développer la partie J’apprends sur ordinateur mais, pour ça, il faut trouver des fonds publics, et les fonds publics ne nous ont pas encore été accordés. Donc, on espère le faire. En attendant, il est tout à fait possible de projeter J’apprends dans une… c’est ce que je ferai cet après-midi aussi, ce que je fais aujourd’hui avec vous maintenant. C’est qu’il est possible de projeter J’apprends avec une tablette, qu’elle soit Apple ou qu’elle soit Samsung, c’est possible. Et on peut aussi le faire avec un smartphone. Je vous le montrerai cet après-midi.

Ça, c’est le mode « Histoire » que je vous avais raconté. Donc on se retrouve avec sept épisodes et, quand on gagne des choses au fur et à mesure, on se retrouve dans le mode « Carnet ». Quand on a gagné un son, il arrive ici, et on a la possibilité de…

[Voix de l’application] k. Café.

[Anna Cattan] On a la possibilité toujours de réécouter autant de fois qu’on veut un son qu’on a gagné.

[Voix de l’application] k. Café.

[Anna Cattan] On n’entend pas le nom des lettres, on entend le son des lettres, et avec une image totem associée. C’est fondé sur plutôt la démarche de Maria Montessori, qui ne travaille ni en global, ni en syllabique, mais autour de la conscience phonémique. La deuxième page du carnet, c’est la page qu’on a appelée Dico, qui fonctionne sur un système de flashcard, c’est-à-dire qu’on voit un objet ici. Tout ce qu’on voit, c’est des images qui ont été gagnées pendant le mode « Histoire ». Donc là, ici, on a un abricot.

[Voix de l’application] Un abricot. Un abricot. Un abricot.

[Anna Cattan] Donc là, on ne voit jamais l’image et le mot au même endroit pour que notre cerveau fasse l’effort de reconnaitre, d’imprimer dans sa mémoire l’image associée, le mot associé. On peut classer : dans le Dico, on a la possibilité de voir apparaitre les images par épisode. Donc là, on l’associe à la thématique qu’on a apprise ou bien par ordre alphabétique. Ensuite, dans le carnet de phrases, on peut réécouter et réenregistrer des phrases qu’on a entendues dans les dialogues. Ici :

[Voix de Gigi, dans l’application] Tu peux aller faire les courses, s’il te plait ?

[Anna Cattan] Je n’ai pas très bien compris, je redemande.

[Gigi] Tu peux aller faire les courses, s’il te plait ?

[Anna Cattan] Tu peux aller faire les courses, s’il te plait ?… Bon, il ne m’a pas compris. Tu peux aller faire les courses, s’il te plait ?

[L’application, avec la voix d’Anna] Il ne m’a pas compris.

[Rires d’Anna et du public.]

[Anna Cattan] Tu fais toujours ça quand je suis devant les gens.

[L’application, avec la voix d’Anna] Tu fais toujours ça quand je suis devant les gens.

[Anna Cattan] Voilà. Donc là, on s’amuse à répéter. Ensuite, dans le carnet d’expressions, il est possible ici de s’essayer de réécrire, d’écrire des choses qu’on a découvertes. Donc là, j’ai eu du mal à faire le H, donc j’essaye de le refaire et je le fais un petit peu comme ça. Ça marche ? Est-ce que ça ressemble à quelque chose ? Oui, à peu près. Je peux m’entrainer ici. Et puis, je peux aussi essayer d’écrire mon prénom parce que j’ai…

[Voix de l’application] A. N. N A. C. A. T. T. A. N.

[Anna Cattan] Je suis accompagnée pour écrire ce que je veux. Dans une limite de douze petites notes, je peux les enregistrer. Et comme là aussi, on ne voulait absolument pas qu’il y ait trop de mémoire utilisée, on a limité, on peut effacer les petites notes. Et puis, là aussi, la dernière page du carnet, c’est la page calligraphie, graphie, disons. Ça, c’est pour s’entrainer à écrire toutes les lettres qu’on souhaite écrire avec un ductus, qui est donc le geste qu’on fait pour écrire des lettres : l’appli nous le montre et on peut le faire. Alors, le A, on a déjà dit au développeur, on lui a dit trois fois, mais il ne l’a pas refait… Parce que le développeur de J’apprends est dyslexique. C’est très compliqué pour lui de ne pas nous faire une appli avec des fautes et de faire les choses de bon ordre. Donc, on lui a dit, j’ai dit que le A, en général, on ne commence pas comme ça en bas à gauche, mais bon, il n’arrive pas à le changer. Donc, voilà, l’appli est très simple et d’usage.

L’autre point faible, en dehors du fait que les formateurs sont un peu embêtés à l’idée de ne pas pouvoir l’utiliser sur ordinateur, je dirais que le point faible, c’est que J’apprends a été créé pour… Dans l’absolu, on avait imaginé plein de choses pour que ce soit utilisable dans plein de pays francophones, sauf que, j’imagine, et vous nous le direz, qu’en Belgique, il y a des choses qu’on ne reconnait pas, qu’on ne retrouve pas. Par exemple, l’appli de l’emploi chez vous, elle n’a pas la même tête que l’appli de l’emploi chez nous. Même si on n’a pas voulu que ça ressemble trop à une appli française, il y a quand même des choses qui ne ressemblent pas à ce qui se passe ici et qui ne sont pas trop utilisables. En fait, on avait vraiment envie qu’elle soit francophone, mais il y a des choses qui sont un peu limitées, vous le verrez : il y a des épisodes ou des activités que vous ne pourrez pas utiliser. Il y en a d’autres qui sont transverses.

Et puis, je dirais que dans les points forts de notre application, c’est quand même qu’elle est restée gratuite, téléchargeable, qu’elle est encore utilisée, et je pense que son système d’animation n’a pas trop vieilli. Aujourd’hui, on n’a pas trop honte de nos personnages, de la façon dont c’est fait. Donc, je pense que le studio qui nous l’a créé, son expertise c’était de nous dire : Voilà ce qui est bien en 2019 et qui pourra continuer d’être bien dans dix ans. Et ça, je trouve que c’est un vrai point fort.

Je vais m’arrêter là parce que je ne voudrais pas prendre trop d’espace.

[Applaudissements.]


Présentation d’AppLEE

Par deux membres de l’équipe de base chargée du développement et de l’expérimentation de l’application AppLEE, de Lire et Écrire.

Thida Sewin, coordinatrice pédagogique à Lire et Écrire Brabant wallon :

Présentation d’AppLEE
Partie 1, par Thida Sewin.


Transcription

Bonjour à tous et à toutes, je suis Thida Sewin, je suis coordinatrice pédagogique au niveau de Lire et Écrire Brabant wallon et on a fait partie de l’équipe de cœur pour la construction de l’AppLEE de Lire et Écrire, ici au niveau Communauté française. Le but était de pouvoir repartir de notre cadre de référence qui a été créé en version papier et implémenté en 2017 et de pouvoir numériser les différents supports pour l’ensemble des régionales et des associations. Donc on est sur onze centres en règle générale. Le projet a démarré à partir d’une équipe de cœur qui a été constituée, par exemple, par Lire et Écrire Bruxelles, Lire et Écrire Centre Mons Borinage, Lire et Écrire Brabant wallon, et Lire et Écrire Luxembourg. Donc on n’a pas pris l’ensemble des onze régionales, mais on a ciblé les régionales qui voulaient rentrer dans le projet.

Parce que le numérique, je pense que, comme vous pouvez tous le ressentir, ce n’est pas toujours évident tant au niveau des équipes, tant pour les apprenants d’aborder les choses. Je ne sais pas combien d’entre vous sont formateurs, travaillent dans le milieu de l’alpha, est-ce que vous pourriez un peu lever les mains ? […] Combien d’entre vous ont des difficultés avec le numérique, ont parfois envie de balancer leur ordinateur par la fenêtre et autres ? […] Un petit peu ? […] Donc, au niveau de la régionale, certains formateurs et formatrices ont aussi des difficultés avec le numérique, ont envie de balancer ce fameux ordinateur par la fenêtre, et se disent : Mais on n’y arrivera pas, comment est-ce qu’on peut aussi amener cet outil numérique chez les apprenants ? Notre directrice a décidé de travailler le numérique déjà bien avant la période covid, parce qu’elle pensait que pour pouvoir permettre aux apprenants d’approcher cet outil, il fallait le travailler depuis bien longtemps. Donc ça, ça a été une approche de la part de notre directrice. Le travailler au travers de différentes interfaces, tant le GSM, que le smartphone, mais aussi au travers de l’ordinateur. L’ordinateur étant l’accès le plus difficile pour le public en alphabétisation. Donc, ce qu’on voulait aussi, c’est de pouvoir fluidifier la démarche et pouvoir fluidifier tant pour les formateurs que pour les apprenants cet accès au numérique.

On a décidé, après le covid, suite à l’utilisation des formateurs et des formatrices, elles utilisaient souvent WhatsApp pour pouvoir rentrer en contact avec les apprenants. Je ne sais pas si vous utilisez aussi régulièrement ? On a aussi pas mal utilisé les LearningApps à un moment donné pendant la période covid. Je ne sais pas si ça a été le cas pour vous aussi, ou toutes sortes d’applications, comme l’application J’apprends aussi. Donc, c’était déjà une envie. Et ensuite, on s’est dit, au sein de Lire et Écrire Brabant wallon, qu’on allait engager des formateurs orientés TIC pour permettre une transmission vers des formateurs qui ne sont pas beaucoup plus outillés, mais aussi, une transmission vers les apprenants. C’était une option comme une autre : d’autres régionales n’ont pas pris cette option-là. Ce qu’on a remarqué, c’est que c’est dans le partage avec les formateurs, vraiment, en alphabétisation, qu’on arrive à fluidifier, à mettre une cohérence dans l’apprentissage, une cohérence dans le fil rouge. Je suppose que vous travaillez aussi par fil rouge ou par lien, par rapport à un projet ou des choses comme ça ? Je ne sais pas pour la plupart ? Ou pas ? Ou si vous êtes plus dans du français langue étrangères et les compétences de base… Mais ça, c’est Fabien qui reviendra un peu plus sur le cadre de référence, les éléments qu’on y met et les applications qu’on a travaillées au niveau de l’application Lire et Écrire.

Ce qu’on a voulu faire, c’est que les formateurs orientés TIC se sont vraiment impliqués chez nous dans la mise en place de l’application. En 2022, est arrivé Occupy the Tech et le projet de numérisation du cadre de référence, donc la version papier en version numérisée. Ce qu’on a voulu au départ, c’est qu’on ne rentre pas directement dans le numérique, mais qu’Occupy the Tech puisse rencontrer notre pratique pédagogique au sein des formations, au sein des différentes régionales, de pouvoir voir un peu aussi notre structure – parce que notre structure n’est pas des plus faciles, je pense, à aborder – ce qu’est réellement l’alpha populaire. Je ne sais pas si quelqu’un a une idée de ce que c’est l’alpha pop ? Vous pouvez me donner une petite définition de l’alpha pop pour vous ? […] Ouillouillouille ! Personne, personne ? [En répondant à une personne du public] Jamais ? Non ? Non ? Donc, l’alpha populaire, c’est donc… [Rires] J’adore Aurélie, qui est justement à la création du cadre de référence et de l’alpha pop. Mais donc, l’alpha populaire, c’est de pouvoir repartir, entre guillemets, des apprenants, des stagiaires, comme on dit, de pouvoir travailler à partir de leur projet, projet individualisé, dans le collectif. De ramener leurs connaissances et leurs… Ce n’est pas parce qu’on est alpha ou peu ou pas scolarisé, qu’on n’a pas une certaine maitrise de compétences qui sont là, de savoirs-faire, de savoirs-être. Ce qu’on doit amener, nous, en tant que Lire et Écrire, c’est la possibilité à l’apprenant de pouvoir valoriser ses compétences et de pouvoir retravailler les compétences de base à partir des compétences qu’on dit transversales : s’autoriser, oser, se mettre en confiance, aller chercher l’information, des choses comme ça. Est-ce que ça vous parle un peu plus ?

[Le public] Oui.

[Thida Sewin] [Rires] Voilà !

Le but aussi de pouvoir travailler avec Occupy the Tech, c’est qu’on voulait des personnes qui restent dans les mêmes démarches de coconstruction avec nous aussi. Donc, qui partent du terrain de nos analyses, de ce qu’on mettait en place chez nous, pour pouvoir construire cette application, pour pouvoir parler au mieux aux apprenants, mais aussi aux formateurs. Dans ce cadre-là, ils sont venus dans différents régionales – je pense que, Fabien, ils sont venus chez toi aussi – dans des groupes de formation, ils ont posé des questions aux apprenants, voir un peu quelle était leur relation avec le numérique, comment ils l’utilisaient, quelle était aussi la mise en place du cadre de référence dans les formations, comment est-ce qu’ils utilisaient les outils tels que les chemins d’apprentissage, c’est-à-dire un journal de bord, si vous voulez, ou les toiles d’évaluation qu’on utilise pour pouvoir voir la progression et l’évolution de l’apprenant. Ça, ça a été une première partie, une partie énorme.

Ils travaillent, Occupy the Tech nous disait toujours, on va travailler en sprint, mais j’ai toujours eu l’impression que c’était plutôt un marathon d’escargots plutôt qu’un sprint, parce que ces phases-là prenaient un temps énorme puisqu’on repartait du terrain, on revenait alimenter, entre guillemets, cette première phase d’analyse et, après, on retournait sur le terrain avec les petits éléments qui n’allaient pas : est-ce que ça fonctionnait, est-ce que ça ne fonctionnait pas ? Donc, ici, aujourd’hui, on est en 2026, et on termine seulement à partir du démarrage en 2022, on arrive seulement à la finalisation et au complet de l’application, sans vraiment avoir testé sur l’ensemble des régionales encore, on est encore entre soi, entre guillemets, au niveau de l’équipe de cœur. Si vous avez des questions, n’hésitez pas, ça m’arrangerait. [Rire.]

Donc, ces sprints ont été extrêmement longs, mais porteurs aussi dans le sens où on a pu aller chercher, comme disait Anna, des petits éléments qui étaient essentiels pour une meilleure fluidité pour les apprenants, par exemple, le vocal, l’utilisation du vocal, l’utilisation des pictogrammes dont ils avaient déjà l’habitude, des choses comme ça. Des petits détails aussi, simplement le fait de pouvoir ralentir le débit au niveau de l’explication, je pense que ça, c’est aussi un des éléments qui est important chez vous, d’avoir pas trop de texte, donc une facilitation visuelle aussi à ce niveau-là. Et de devoir aussi travailler sur trois interfaces. Vous imaginez : le smartphone, la tablette et l’ordinateur sont des interfaces totalement différentes au niveau, déjà, surface, au niveau utilisation, facilitation aussi au niveau de la kinesthésie, l’ordinateur, beaucoup plus grand, mais beaucoup plus difficile à aborder. Donc, à ce niveau-là, je pense que c’est le smartphone qui nous a demandé le plus de temps et qui a été le plus difficile à fluidifier parce qu’on devait réduire, entre guillemets, notre format pour qu’il soit lisible sur le smartphone. Ça a été un peu plus compliqué à ce niveau-là. Je pense que maintenant, on arrive quand même à quelque chose de beaucoup plus fluide. Or, comme Anna le disait aussi, le smartphone est ce qui est le plus utilisé par les apprenants, en règle générale, parce que c’est ce qu’ils ont dans la poche dans la vie de tous les jours.

Cet opérateur nous a demandé aussi d’avoir un bagage technique où on n’en avait aucun quand on a démarré l’application, ou très peu, entre guillemets. Donc, c’était pouvoir parler d’interface, de prompt, de codage, de ces fichiers CSV. Donc, là, à un moment donné, on a dit : Stop. Est-ce que vous pouvez nous parler aussi plus calmement, plus tranquillement, revenir un peu vers ce qu’on sait faire, revenir vers la pratique. Là, ils ont essayé plus ou moins. Ça s’est plus ou moins bien passé à ce niveau-là. Mais ce qu’on voit aussi, c’est que, parfois, le monde du numérique peut apporter des éléments qui… Au travers d’une application, le monde du numérique, il y a un tas de choses qui tournent derrière, et on ne se rend pas nécessairement compte de la quantité de choses qui tournent derrière pour faciliter les choses. Et j’ai l’impression qu’au plus on veut essayer de rendre ça facile, au plus, parfois, ça complique le démarchage en termes de technique, de mise en place technique des choses. Donc, voilà, je pense qu’on va avoir un serveur aussi à ce niveau-là qui va être mis en place. Il y a plein d’éléments.

Mais en plus, la complexité de notre mouvement – onze régionales différentes, pas onze pratiques différentes – ce qui a été nécessaire de faire aussi, c’est de pouvoir trouver le plus petit dénominateur commun entre chaque centre ou association pour qu’on ait quelque chose qui respecte notre manière de travailler à tous et à toutes. Et je pense que ça, dans une dynamique, c’est quelque chose… Je ne sais pas si vous travaillez dans des gros centres ou des petits centres, mais créer cette dynamique aussi, et pouvoir articuler les différents éléments, c’est quand même quelque chose qui est à la fois porteur, parce qu’on arrive à un résultat qui fait sens, qui fait sens commun pour tous, mais en même temps, ça peut… Pour pouvoir respecter l’avis de chacun, on doit vraiment aller dans l’essence même de notre travail. Donc, ça nous a permis aussi de revoir un peu : Tiens, quelles sont nos valeurs communes, qu’est-ce qu’on met en place, quels sont les éléments qui sont porteurs pour nous ?

À ce niveau-ci, en tout cas, chez Lire et Écrire Brabant wallon, les formateurs orientés TIC se sont vraiment emparés de l’application, l’ont fait vivre auprès des apprenants. Et, en fait, je crois qu’on est, nous, beaucoup plus stressés, en tant que formateur ou en tant que coordinateur, de voir un peu comment va fonctionner l’application auprès des apprenants. Une fois que les apprenants ont eu l’application en main, la plupart nous ont dit : Mais c’est beaucoup plus facile que la version papier, parce que je peux écouter, je peux, entre guillemets, l’avoir sous la main, je peux le relire quand je suis dans le parc, je peux relire ce qui a été fait en formation, je peux revenir dans mon journal de bord. C’est un peu comme quand j’utilise YouTube ou Messenger. Le but était d’avoir une interface aussi qui ressemblait à des interfaces qu’on a communément au travers de YouTube, Messenger, WhatsApp, de retrouver cette idée-là, et étonnamment, je crois que ce sont les apprenants qui sont plus satisfaits de cette utilisation.

On ne l’a pas fait sur tous les groupes de formation. On a essayé de le faire au maximum : on a été sur un groupe oral débutant – donc notre partie la plus compliquée par rapport à l’utilisation du numérique – et sur un groupe oral débutant à l’écrit. Et, pour ces deux groupes, ils nous ont ramené quelque chose d’extrêmement positif et, honnêtement, ça nous a soulagé, parce qu’on s’est dit : À la fin de ce marathon, ça fonctionne quand même, plus ou moins, et les apprenants ont envie de l’utiliser. Donc il faudra le remettre auprès des autres régionales et auprès des autres centres, mais déjà ça, je trouve que c’était déjà un élément assez porteur.

[Applaudissements.]

[Un homme du public] Excusez-moi, n’est-ce pas trop difficile pour des apprenants en alpha, une application pareille ?

[Thida Sewin] Eh bien, étonnamment, non, ça a été parce que le formateur est reparti sur ce qu’il faisait déjà. Donc, du démarrage, on n’était pas sur quelque chose d’inconnu pour eux : le cadre de référence, ils connaissaient déjà. Et en plus, avec le fait d’avoir mis de l’audio, d’avoir essayé le plus possible qu’ils puissent aussi… Il y a aussi un test, ils peuvent aussi parler eux-mêmes et mettre les différents éléments. Je pense que ça résulte surtout de l’accompagnement par le formateur au niveau de l’application et de la connaissance de son groupe. Je pense que vous avez aussi une sensibilité par rapport à l’utilisation. Je n’ai pas vu beaucoup de mains levées liées au numérique, donc je pense que quand vous avez… C’est extrêmement intuitif, donc à partir de ce moment-là, ça a été plus facile à implémenter.

[L’homme du public] Merci.

[Thida Sewin] Mais Fabien va vous montrer plus en détail l’application, je pense que ce sera un peu plus clair pour vous aussi.

[Segundo Tercero Iglesias (organisateur de cette journée)] En tout cas, on va faire l’atelier l’après-midi, vous aurez l’opportunité de chipoter, de voir ce que ça donne, comment ça donne.


Fabien Masson, coordinateur Alpha-TIC à Lire et Écrire Bruxelles :

Présentation d’AppLEE
Partie 2, par Fabien Masson
+ quelques échanges avec la salle.
Présentation d’AppLEE par Fabien Masson
Support de présentation (PDF).


Transcription

Donc bonjour à toutes et à tous. Moi j’ai préparé un petit support, un diaporama mais, du coup, je me sens un peu mal à l’aise. Il n’y a pas du tout l’idée que vous ne pouvez pas m’interrompre. Donc n’hésitez pas non plus si vous avez des questions, etc. Moi, ça m’aide parce que ça me sert de copion en fait.

Juste deux mots pour vous dire quand même d’où je parle mais aussi, finalement, d’où vient cette application. Donc c’est le mouvement Lire et Écrire qui est au pilotage. Lire et Écrire c’est un mouvement qui est actif sur l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles et qui est reconnu comme mouvement par l’Éducation permanente dans quatre axes. Donc au niveau de la formation, parce qu’on fait des formations en alphabétisation avec nos publics, on fait aussi la formation de formateurs, on mène des actions de sensibilisation, d’information du grand public sur la réalité de l’analphabétisme en Fédération Wallonie-Bruxelles, et ce que ça représente pour les personnes qui sont confrontées à ces situations-là. On produit aussi des études, des analyses, des outils pour le secteur et à destination aussi des pouvoirs publics pour améliorer l’accès au droit pour les personnes en situation d’analphabétisme. Et vous voyez, on est sur les différentes provinces, les différentes régions, les différentes régions de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et moi, je suis donc de Lire et Écrire Bruxelles où on a en plus – et je le fais parce qu’il y a peut-être ici des personnes qui viennent d’associations bruxelloises, donc je me dis, je vais quand même faire un petit point d’info – on a une reconnaissance CRéDAF, ça veut dire Centre régional pour le développement de l’alphabétisation et l’apprentissage du français, qui nous confère des missions, sur Bruxelles, d’accueil et d’orientation du public. Donc toute personne qui est à la recherche d’un cours de français, d’alphabétisation, peut venir chez nous et nous, en fonction de son profil, de ses besoins, de ses attentes, de sa demande, on va l’orienter chez nous ou bien chez vous, peut-être.

On propose aussi un appui au réseau, un soutien aux associations d’alphabétisation du français langue étrangère sur Bruxelles, concrètement par rapport au numérique. Ça veut dire qu’on a quelqu’un qui peut venir faire des coanimations avec vous dans vos groupes. Si vous n’êtes pas trop à l’aise avec les outils et les outils numériques, ça vous intéressera d’avoir un soutien, vous pouvez faire appel à nous. On a aussi un informaticien qui peut venir vous soutenir dans la maintenance de votre matériel, d’en faire un petit inventaire et voir un petit peu comment vous pouvez l’optimiser. Faire du conseil d’achat si vous avez un petit budget, mais vous ne connaissez pas trop. On peut aussi donc vous aider par rapport à ça. Voilà, on fait de la formation de formateur, on fait aussi de la sensibilisation, on a un service recherche, on fait du soutien pédagogique. On est aussi opérateur de formation, donc on a cinq centres alpha où on donne des formations d’alphabétisation. On n’est pas un centre de formation informatique, mais on intègre le numérique dans nos formations depuis le début des années 2000. Et il faut que je le dise aussi : c’est grâce au soutien du Fonds social européen qu’on peut faire ça. (Ça c’est du placement de produit. [Rires du public.]) Et on a un service encore pour le moment d’accompagnement à la recherche d’emploi pour les personnes alphabètes sur Bruxelles, on a un service spécifique pour les accompagner dans la recherche d’emploi. Donc ça, c’est un petit peu qui on est et d’où je parle, puisque moi, je travaille à ce niveau-là.

Et donc aujourd’hui, ça s’appelle Journée smartphone et numérique : deux expériences pour repenser l’apprentissage en alpha pop. Alors moi, j’aimais bien, alors on m’a un peu spoilé tout à l’heure, finalement, c’est quoi ? C’est quoi l’alpha pop ? C’est un mot qu’on utilise pas mal, nous, au niveau de Lire et Écrire, dans nos communications, dans nos évènements, etc. Mais finalement, à quoi ça correspond ? On a déjà un petit peu débroussaillé le terrain tout à l’heure et je vous ai remis la fameuse roue de l’alphabétisation populaire. Rassurez-vous : on va la parcourir très rapidement ensemble, mais pour voir un petit peu ce que nous, on met derrière ce concept. Et ça me semblait important de faire ce petit détour, parce que c’est vraiment dans ce cadre-là que notre application a été construite, a été pensée. Donc en gros, on peut rentrer par la couronne extérieure, ici en foncé, où c’est les grandes finalités. Nous, on fait de l’alphabétisation, en fait, parce qu’on veut changer le monde. On trouve que le monde est injuste, que les rapports sociaux sont injustes, qu’il y a des gens qui ont le droit d’aller à l’école, des personnes qui n’ont pas le droit d’aller à l’école ou qui sont mises dans l’impossibilité d’apprendre. Ça, ça doit changer. Et donc, nous, on est là. C’est nos finalités. C’est le changement social. C’est une société plus égalitaire où chacun peut avoir accès à ses droits.

Pour faire ça, pour arriver à une société où chacun est pleinement épanoui, ça demande des savoirs, ça demande des informations, ça demande de comprendre un petit peu le contexte géopolitique. Il y a des savoirs scientifiques qui vont être mobilisés. Ça demande de comprendre l’Histoire, d’où on vient. C’est des informations par rapport à la santé, par rapport au logement. Et donc, il y a toute une série d’informations dont on a besoin pour arriver à changer le monde. Et ça, ça va se faire comment ? Eh bien, c’est un petit peu ce qu’on a en vert. C’est les roues qui se dirigent vers le centre. Ça demande d’agir solidairement. Ça demande d’agir collectivement. On ne va pas y arriver tout seul : ça va demander de se mettre ensemble, de travailler ensemble, de créer, de construire ensemble, de coopérer. C’est comme ça qu’on va y arriver. Ça demande aussi de développer sa pensée critique. Ça demande de réfléchir, de questionner les choses qui nous semblent évidentes : peut-être qu’en fait, c’est intéressant de les questionner, de voir pourquoi ça parait évident et pourquoi en fait, c’est probablement pas si évident que ça. Ça demande de comprendre le monde, de comprendre son environnement. Ça demande de comprendre la société, son quartier, le système de santé. De comprendre dans quelle pièce on joue chacun et quels rôles nous ont été assignés. Ça demande de s’estimer, ça demande d’oser, de s’autoriser, de dire : Moi aussi, je suis capable d’apprendre. Peut-être que le numérique… Anna disait : On voit qu’il y a des apprenants qui ont des usages très variés et diversifiés des téléphones, principalement. Ce n’est pas le cas de tout le monde non plus. On a aussi des apprenants qui peuvent juste décrocher un appel, envoyer un WhatsApp et le reste, on n’ose pas trop y toucher : ça symbolise la modernité, ça symbolise un monde auquel on n’a pas accès. C’est aussi parfois un symbole de la violence institutionnelle puisque maintenant, les démarches sont numérisées. Le rapport à l’administration, à l’État, à l’Aide sociale, ça passe par le numérique. Et donc, ça peut aussi être quelque chose dont on n’ose pas trop. Donc avoir des activités qui permettent petit à petit de rentrer en confiance et de se dire :  J’arrive finalement à utiliser mon téléphone pour faire d’autres choses. J’arrive à apprendre, j’arrive à faire des choses que je ne savais pas faire avant. Tout ça, c’est des choses vraiment importantes qui sont des petits pas qu’on va devoir semer au début.

Alors bien sûr, au centre, il y a des petits bonshommes, là, avec un point d’interrogation parce qu’on y place ce qu’on veut. Mais nous, surtout, on va y placer les apprenants, on va y placer la personne qui vient chez nous avec son projet, ses apprentissages, ses objectifs, pourquoi est-ce qu’elle vient chez nous, elle veut apprendre le français, lire, écrire, mais pour quoi faire ? Et c’est aussi la personne avec tout ce qu’elle sait déjà faire, avec ses usages numériques, avec ses connaissances par rapport à tous ses savoirs, ses infos, qui sont là. La personne, elle arrive avec tout son vécu et tout ce qu’elle est et c’est elle qu’on va placer vraiment au centre.

Alors bien sûr, tout ça, ça demande et c’est un peu, nous, notre porte d’entrée principale, c’est de pouvoir s’exprimer, s’exprimer en français, le français oral, le français écrit, le langage des mathématiques, c’est ce que, nous, on a identifié comme vraiment les langages fondamentaux qui sont un peu les outils qui vont nous permettre de développer tout ça. Ça, c’est vraiment, nous, un petit peu notre cadre, ce qui va guider notre action. En fait, c’est une sorte de structure ; je ne vais pas dire qu’elle est vide, mais on va la remplir ensemble avec les apprenants. Ce n’est pas nous qui l’avons préremplie en disant : Pour comprendre le monde, voilà ce qu’il faut connaitre. Ou : Pour se débrouiller en français oral, voici les compétences qu’il faut connaitre. C’est des choses qu’on va vraiment construire ensemble à partir de ce que les apprenants vont venir nous apporter ici au centre, de ce qu’ils veulent développer, de ce qu’ils veulent faire.

Tout ça, c’est très beau, me direz-vous. Je vais vous donner un exemple aussi, parce qu’il est d’actualité, comme ça, je fais un autre placement de produit. L’alphabétisation, si on veut changer le monde, ça veut dire qu’on va aussi sortir de la classe. Et, par rapport au numérique, on mène depuis plusieurs années, à Lire et Écrire Bruxelles, mais aussi au niveau du Mouvement, donc sur la Fédération Wallonie-Bruxelles et même au niveau européen, toute une campagne pour réclamer un meilleur accès aux droits, aux démarches administratives, puisqu’elles sont numérisées. Parfois c’est le seul canal pour accéder à l’administration. On réclame qu’à côté des voies numériques, il y ait toujours un accès humain aux droits, des guichets, des téléphones, la voie postale – quand ils ne sont pas en grève. Et donc, c’est une campagne qu’on mène depuis plusieurs années avec les apprenants. On va travailler ça : le rapport qu’ils vont avoir avec le numérique et ils sont avec nous dans les mobilisations. Et la prochaine, c’est ce jeudi 23 avril. Donc, c’est la semaine prochaine à 10 heures, place Fernand Cocq, à Ixelles. N’hésitez pas à venir. J’avais ma collègue qui avait des petits flyers, mais qui est malade et qui n’est pas là. Mais, l’idée, c’est vraiment de faire le lien aussi entre ce qui va se passer dans le cadre de la classe et puis ce qui se passe en dehors. Et donc, quand on parle du numérique, de la place du numérique dans nos vies, de former aussi nos apprenants aux compétences numériques, ça ne veut pas dire qu’on accepte le monde numérique tel qu’il nous l’est imposé. Et on va agir sur les deux niveaux, si on veut : la montée en compétences, mais aussi essayer de faire évoluer les choses dans la société.

Alors, au niveau des outils, si on revient dans le cadre de la formation, ça veut dire quoi cette belle roue de l’alphabétisation populaire ? Ça veut dire qu’on va d’abord chercher des outils adaptés. « Des outils adaptés », Anna l’a bien dit aussi : c’est une des grandes forces de J’apprends. C’est une des rares applications qui a été pensée pour l’alphabétisation. Très souvent, quand on est formateur, on se retrouve, quand on cherche des outils… Soit on va tomber sur les outils qui ont été faits pour l’enseignement primaire, soit les outils pour le FLE. Il y a très, très peu d’outils qui ont vraiment été pensés pour le public en situation d’analphabétisme. Et ça, pour le coup, on peut vraiment féliciter le travail qui a été fait avec J’apprends. Et fatalement aussi, l’outil de Lire et Écrire, il est pensé pour le public. Ce sont aussi des outils adaptables. On l’a vu aussi avec J’apprends, on peut… Je ne sais plus, c’est la fourmi ou le papillon, je ne sais plus, c’était quoi l’image ? La sauterelle. La sauterelle qui va un peu piocher par-ci, par-là. Nous aussi, on a essayé de l’adapter, de la rendre adaptable aux différentes situations. Donc, typiquement, on va le voir : il y a des fonctionnalités qu’on peut décider d’activer ou désactiver vraiment en fonction du groupe avec lequel on est amené à travailler.

On va placer « L’apprenant au centre ». C’est vraiment l’apprenant qui est au centre. Ce n’est pas l’application, ce n’est pas l’outil, c’est l’apprenant. Et ce sont bien des outils qui viennent au service, qui viennent se mettre pour soutenir l’apprenant dans ses apprentissages. Ça veut dire aussi, au niveau de l’application de Lire et Écrire, c’est ce que je disais tout à l’heure : le contenu, quelque part… C’est vraiment une infrastructure et, le contenu, c’est le formateur avec le groupe qui va le mettre, qui va le définir, qui va le choisir. Ce n’est pas prérempli : c’est vraiment une structure.

« Valorisation de l’apprenant », ça, c’est très important. On l’imagine dans une salle d’attente, l’apprenant, il est là, il doit attendre. S’il regarde autour de lui, il va voir tout le monde avec son téléphone. Il ne va pas sortir son gros classeur de cours avec ses feuilles volantes et commencer à tracer des lettres. Par contre, sortir son téléphone, comme tout le monde, et commencer à travailler quelque part, c’est un comportement qui, socialement, va être tout à fait valorisé, c’est normal. Et puis, c’est l’idée, justement, j’utilise un outil moderne et ça valorise aussi son propre parcours de formation.

« Au service des apprentissages », ça, j’ai dit, l’idée n’est pas tellement d’apprendre à maitriser l’outil, mais, l’objectif, c’est d’apprendre. Ici, c’est apprendre toutes les différentes compétences que j’ai listées tout à l’heure : apprendre à parler, à écrire, à calculer. Et les outils viennent vraiment se mettre à ce service-là. L’idée n’est pas de maitriser l’outil : ça va se faire naturellement. Les fonctionnalités qui ne vont jamais être maitrisées, mon Dieu, ce n’est pas grave. Par contre, à travers l’utilisation de ces outils, il y a des compétences numériques qui vont pouvoir être travaillées aussi. Ça, c’était une volonté que nous, on avait, c’est de proposer un outil qui ne va pas travailler le numérique de manière frontale, mais de manière un petit peu détournée, on va apprendre à enregistrer, à valider, à peut-être déplacer, à sélectionner, à faire toute une série de manipulations qu’on va retrouver par ailleurs sur d’autres interfaces, mais qu’on va pouvoir aborder de manière plus détournée.

Et « Oser apprendre », ça je l’ai dit, c’est des outils qu’on va voir avec J’apprends, mais dans l’application aussi, il y a le côté un peu ludique qui va permettre petit à petit de rentrer en confiance. On peut y aller progressivement aussi, c’est le cas avec l’application Lire et Écrire puisque, comme on peut vraiment activer ou désactiver toutes les fonctionnalités, on ne peut en avoir qu’une au début, et progressivement de complexifier et de gagner en confiance et d’avancer comme ça progressivement.

Alors, là on a une capture d’écran de l’espace collectif. Là, vous avez un premier spoil de l’application, à quoi ça ressemble. Quand on se connecte, l’apprenant, il a accès à l’espace collectif, à l’espace du groupe. Et dans l’espace du groupe, l’espace de la classe, on va avoir quatre grandes rubriques. On va avoir les roues carrées du groupe. Alors ça, c’est sans doute une appellation qui ne va pas évoquer grand-chose, mais j’ai une capture d’écran, après je vais vous montrer de quoi il s’agit. C’est vraiment la roue de l’alphabétisation populaire que je vous ai présentée tout à l’heure, qui est présentée sous un autre format, mais c’est la même chose. Les toiles d’araignées, ce n’est pas très évocateur, mais peut-être un peu plus. Ce sont vraiment nos outils qu’on va utiliser pour l’évaluation. Qu’on va pouvoir utiliser de manière collective. On a aussi accès aux activités de formation, qui est une sorte de carnet de bord, où on va pouvoir noter au jour le jour qu’est-ce qu’on a travaillé, ce qu’on a travaillé, peut-être quel support on a utilisé aujourd’hui. Ce qui permet à l’apprenant qui est absent de voir éventuellement qu’est-ce qui a été fait durant mon absence. Ou nous on a, et c’est le cas peut-être chez vous aussi, des formateurs qui parfois sont absents aussi, qui se font remplacer. Le formateur qui est remplaçant, il peut voir ce qui a été travaillé les deux dernières semaines, quels supports ont été utilisés, et pouvoir s’insérer rapidement dans le cursus. Et le formateur absent, quand il revient, il peut voir qu’est-ce qui a été travaillé durant son absence et assurer une meilleure continuité dans la formation. Et puis il y a un espace de ressources, où là on peut remettre les différents supports, des vidéos, des textes, que sais-je… qui auront été travaillés avec le groupe.

[Eduardo, une personne dans le public] Et c’est aussi pour plusieurs groupes différents ou c’est pour un groupe ? [Fabien Masson] Alors, ça vous verrez un petit peu dans la phase de prise en main cet après-midi, mais un apprenant qui est dans deux groupes, il aura deux espaces collectifs. L’espace collectif est lié à un groupe. Donc s’il a deux groupes, il aura deux groupes. Il aura deux pavés, avec deux espaces collectifs. Oui, après s’il a 25 groupes… [Rires du public.] il est très courageux.

[Un autre homme du public] Non mais, dans la même lignée, du coup c’est compliqué en fait, de se retourner avec 25 espaces collectifs. C’est pas trop dur à gérer ? [Fabien Masson] Alors, ça, vraiment, c’est des choses que vous verrez un peu cet après-midi aussi, parce que là vous serez amenés, vous allez rentrer dedans, vous allez voir comment ça se présente. Mais, si vous voyez : il y a des petits yeux à côté, et c’est là où le formateur, avec sa souris, il clique simplement sur un œil. Du coup, ça rend invisible. Ça veut dire que l’apprenant, si l’espace de formation et les ressources ont été masqués, ben lui, il ne verra que les deux espaces du dessus. Il ne verra pas les quatre, il n’en verra que deux. Ou que un. Et donc c’est comme ça, où petit à petit, simplement avec un simple clic, le formateur peut activer des fonctionnalités ou les masquer. Vous voyez qu’il y a aussi un petit haut-parleur. Ça permet de lire : vous avez une voix qui va lire l’intitulé de la rubrique. C’est là où on a essayé de penser une application qui soit utilisable aussi pour les plus débutants, qui ne sont pas du tout en mesure de lire ces mots-là : l’application va lire l’intitulé des rubriques.

— [Magali, une personne dans le public] Bonjour Fabien, Magali, je ne sais pas si tu te souviens.
— Oui, oui !
— C’est pas clair pour moi. Eux, ils vont arriver sur cet espace ? L’apprenant, il arrive sur cet espace-là ?
— Pas tout de suite. Il y a un écran avant, ici.
— Parce qu’il verra ces intitulés, toile d’araignée et tout ça ?
— Oui.
— Il va comprendre ?
— Ben alors, l’idée, et c’est la même chose que J’apprends, l’idée n’est pas qu’il se débrouille tout seul en autonomie avec l’application. Il y aura bien sûr un travail de prise en main. De travail à faire ensemble. S’il ne comprend pas les toiles d’araignée du groupe, au bout d’un moment, il saura se repérer avec le logo. Parce que la toile d’araignée elle-même, elle aura été travaillée d’abord ensemble dans le groupe. En tout cas, c’est le pari qu’on fait.
— [Segundo Tercero Iglesias (organisateur de cette journée)] Si je peux me permettre, il y a des choses… Parce qu’on est allé en tournée, Fabien et moi, mais ça nous arrive parfois que c’est compliqué d’avoir une idée tout de suite. Je vous demande un peu de patience. Vous allez voir que petit à petit, on va traverser la rivière. Petit à petit. Et en tout cas, cet après-midi, on va lancer des cailloux pour ne pas se mouiller les pieds. Mais, fais confiance à Fabien, je le fais toujours. Et jusqu’ici, ça va très bien. Alors, tu peux continuer Fabien.
— [Fabien Masson] Mais ça va être donc, dans la deuxième partie de la journée, il y aura vraiment un moment. On vous a créé des sessions, etc. pour que vous puissiez manipuler, prendre le temps de découvrir, etc. Ce sera plus facile. Ici, c’est vraiment une sorte de teaser pour cet après-midi.

Ça, c’est les espaces collectifs. Alors oui, j’ai juste montré quand même, les roues carrées, pour voir un petit peu de quoi il s’agit. Donc ça, c’est la version papier, mais qui est identique, à peu de choses, à la version numérique. En fait, on retrouve tout ce que j’ai expliqué tout à l’heure par rapport à la roue de l’alpha pop, avec les différentes compétences transversales : Construire ensemble », « Oser », « S’autoriser », etc. Les savoirs, les informations, lire, écrire… (Bon, je le fais vraiment très, très vite.) Mais l’idée, c’est qu’avec son groupe d’apprenants, on puisse compléter ces différents champs. Mais de nouveau, pareil : le formateur peut dire qu’il y a beaucoup trop de choses. Moi, avec mon groupe, je vais juste travailler sur « Écouter », « Parler » et « Construire ensemble ». Et toutes les autres… L’avantage des outils numériques, c’est que je peux les rendre invisibles et progressivement les activer au fur et à mesure de l’année pour compléter et enrichir le projet. Donc ça, c’est ce qu’on appelle la roue qui, du coup, est sous un format carré, qui n’est pas carré d’ailleurs. [Rires du public.] Mais bon, voilà.

Quand on veut mettre du contenu, puisque toutes ces cases à construire ensemble, elles sont vides. Quand on veut mettre du contenu, eh bien – je ne sais pas si on voit très, très bien – mais donc, on peut écrire du texte, évidemment. Ici, je peux écrire avec le clavier. Mais on a aussi, quand on clique sur ajouter un fichier, la possibilité d’accéder à l’appareil photo. Et donc, on peut directement prendre une photo, que ce soit avec son téléphone ou son PC. Mais c’est quand même plus pratique avec le téléphone de prendre une photo. On peut s’enregistrer pour avoir accès directement au micro de votre terminal. On peut importer depuis la bibliothèque parce qu’on a une bibliothèque de ressources intégrée à l’application. Et donc, on peut aller chercher des ressources qui sont communes à l’application. Mais on peut aussi aller charger son propre fichier qu’on aurait dans son téléphone ou sur l’ordinateur. Et on peut aussi mettre un lien vers une vidéo YouTube. Donc, voilà, on a essayé d’être le plus multimédia possible en favorisant l’écrit, mais aussi les ajouts vocaux.

[Un homme du public] Est-ce que chacun correspond à un fichier ? Quand j’appuie appareil photo, j’imagine qu’il y a une bande audio qui est affichée, qui est mise quelque part ? [Fabien Masson] Oui. [L’homme] Donc, quand je crée un post, je pourrais créer une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept fichiers, en fait ? [Fabien Masson] Non, je pense que vous allez faire des posts différents. Et probablement, d’ailleurs, que pour vos apprenants, ça sera plus facile d’avoir les ressources séparées que de devoir cliquer sur un post pour que tout s’ouvre. Donc, si je ne me trompe pas, l’idée, c’est plutôt d’avoir des posts différents.

[Une femme du public] Si je comprends bien, c’est une application sans contenu, en fait ? C’est à nous de mettre le contenu ? [Fabien Masson] Tout à fait, oui. D’accord. Donc, on va vraiment avoir la structure qui est un petit peu… Bon, c’est un petit peu simple – une version papier de nos outils – la structure, où vous allez avoir cet espace collectif, avec des roues carrées qui sont préexistantes, mais le contenu, c’est vous avec vos apprenants qui allez le mettre. On a un espace, ça c’est celui d’après, avec des outils d’évaluation, qui sont préexistants, mais c’est vous, avec votre groupe qui, après, déterminez le nombre d’axes que vous voulez, la graduation, est-ce que vous le faites sur trois niveaux, sur sept niveaux, sur deux niveaux ? Comment vous allez intituler les axes ? Et donc, ça, c’est un peu pour définir un peu des objectifs à atteindre, des critères d’évaluation. La possibilité technique est là et c’est vous avec votre groupe, après, qui définissez combien de cibles vous voulez utiliser, avec combien d’axes, les intitulés. Les ressources de formation, c’est aussi une structure vide. C’est à vous de mettre les ressources. Il n’y a pas de préremplissage parce que, justement, notre idée, c’est que tout ça, ça se définit ensemble avec le groupe. La seule chose qu’il va y avoir avec un petit peu de contenu, c’est qu’on a une bibliothèque de ressources où il y aura une série de pictogrammes qui sont nécessaires à l’application et qui sont principalement les pictogrammes, les supports visuels qui sont présents dans les outils tels qu’ils existent en version papier : les engrenages des roues, etc.

Les apprenants : il y a l’espace collectif, l’espace du groupe, mais ils ont aussi un espace individuel, un espace qui leur est propre, puisque dans nos outils, on a aussi une sorte de portfolio qui s’appelle mes chemins d’apprentissage, qui est la farde – si on veut – de l’apprenant et qui lui appartient. Donc ça, ce n’est pas quelque chose où les autres apprenants ont accès, il appartient à l’apprenant, il n’y a que lui qui peut mettre du contenu, qui peut voir aussi ce qui s’y passe. Et là, il a aussi quatre rubriques. « Mes projets, mes questions, mes envies », qui est là où l’apprenant peut prendre des notes sur son projet de formation, pourquoi il est là, quels sont ses objectifs, qu’est-ce qu’il veut pouvoir faire. Son « Carnet de bord », où il va pouvoir noter au jour le jour qu’est-ce qu’il a retenu, qu’est-ce qui est important, qu’est-ce qu’il veut garder comme trace du cours ce jour-là. Un endroit où il va pouvoir garder plutôt tout ce qui a lien avec les évaluations : « Mes compétences, mes savoirs, mes positionnements ». Il va pouvoir aller prendre une des toiles d’araignée, une des cibles qui aura été définie et sur laquelle il va pouvoir se positionner. Mais ça, c’est quelque chose qui va lui appartenir. Il ne va pas faire ça dans l’espace du groupe, puisque son positionnement à lui ne regarde pas les autres personnes du groupe, ça le regarde lui, ça va se trouver là. Et un espace où il peut stocker des documents administratifs liés à la formation ou tout autre document, un espace de stockage, avec une petite arborescence qui lui est propre.

Juste pour préciser – et, ça vous le verrez cet après-midi aussi en chipotant dedans – par défaut, on a voulu que cet espace soit privé : il n’y a que l’apprenant qui y a accès, mais il peut très facilement rendre cet espace accessible à son formateur. Parce que ça peut quand même être intéressant à un moment que le formateur puisse voir ce qui s’y passe. Mais on trouvait ça intéressant pour comprendre aussi la notion de vie privée qu’on a avec les outils numériques. De se dire : Par défaut, c’est privé, mais je peux régler ce paramètre et je peux le rendre accessible à mon formateur. Et la procédure est assez simple, mais elle doit être faite, sinon le formateur n’a pas accès, parce que ça appartient à l’apprenant.

Et c’est vrai que c’était quelque chose que j’ai oublié de dire tout à l’heure : quand on cherche des outils, aussi un écueil à éviter, c’est de tomber dans des outils marchands ou des outils qui sont pleins de publicités et qui vont finalement détourner l’attention, voire plus, de nos apprenants. Ici, dans les deux cas, on a des outils pédagogiques. Il n’y a pas d’utilisation de données, on ne va pas vous espionner, il n’y a pas de crasse de virus ou quoi qui vient avec. Et c’est vraiment pensé pour le pédagogique, pour les apprenants. Et je pense que, là aussi, on a souvent quelque part une responsabilité. Parfois, il y a des outils qu’on voudrait faire installer aux apprenants, mais bon, ça pose des questions déontologiques aussi, en sachant que c’est des outils où il y a des publicités qui vont les amener sur d’autres sites ou bien qu’il y a une utilisation des données personnelles. Ici, il y a une confidentialité, il n’y a pas d’utilisation, d’exploitation des données, que ce soit des apprenants ou des formateurs.

— [Un homme du public] Deux petites questions. Il faut être connecté en permanence ou on peut l’utiliser hors réseau ?
— Non, ici, en fait, on dit application, mais c’est une application web, qui fonctionne dans un navigateur web et donc ça nécessite une connexion. Ce qui n’est pas le cas de J’apprends, où là, par contre, elle est tout à fait utilisable sans connexion internet.
— Deuxième question. Et donc les fichiers sont stockés sur le net, donc au point de vue volume pour le smartphone… L’avantage de l’application J’apprends où les smartphones qui ont peu de mémoire, on sait les utiliser. Ici, ce n’est pas le cas. On paye.
— Non, puisque ici, justement, rien n’est stocké sur le smartphone. C’est stocké en ligne sur les serveurs de Lire et Écrire.
— Sur les serveurs de Lire et Écrire, d’accord.

— [Une femme du public] Oui, donc ça nécessite que l’apprenant se crée un compte avec un mot de passe. Est-ce qu’il y a des… Justement, nous, chez nous, on utilise Moodle, je ne sais pas si vous connaissez. Et le problème, c’est justement ces identifiants et ces mots de passe compliqués. Et c’est pour ça que c’est un vrai blocage. Est-ce que c’est le cas chez vous ?
— [Segundo Tercero Iglesias] Il y a une façon où on peut être connecté avec un e-mail, et on peut être connecté sans e-mail. Et c’est le formateur, formatrice, ou la personne qui était en train de gérer le groupe, qui peut relancer le mot de passe. Alors, l’apprenant n’est pas toujours seul. Il ne doit pas se confronter à la façon d’accéder. S’il y a quelque chose qu’il oublie ou qu’il ne sait plus comment le faire. Alors, il y a toujours ces possibilités. C’est pour ça que je pense que Fabien va approfondir ça. Je pense que c’est ça qui a donné le terrain aussi. Tu vois, parce qu’on arrive dans le terrain avec l’adresse e-mail et un mot de passe. Mais après, tu reviens, ici, il n’y a pas d’adresse e-mail. Et si l’adresse e-mail, ce n’est pas celle qu’ils sont en train d’utiliser… Mais Fabien, pardon.
— [Fabien Masson] Non, mais effectivement, il y a la question de l’adresse e-mail. Et qu’il faut une adresse e-mail à laquelle on puisse accéder. Puisqu’il y a le lien de connexion. Le premier lien de connexion sera envoyé sur l’adresse e-mail. Mais après, normalement, une fois qu’on est connecté, l’appli reste ouverte. À la manière d’autres applis. Une fois qu’on a ouvert le compte, on peut l’utiliser. Il ne faut pas chaque fois remettre son identifiant et son mot de passe. Et le formateur peut renvoyer le lien. Ce n’est pas l’apprenant qui doit faire un mot de passe oublié toute la procédure. Le formateur a une interface pour gérer un petit peu ça. Mais il reste la question de l’adresse e-mail. On avait pensé à un moment de pouvoir fonctionner avec un pseudo. Mais j’avoue que je ne sais pas exactement…
— [Segundo Tercero Iglesias] Ça marche. On va voir ça l’après-midi, mais les deux marchent. Je peux me connecter simplement avec mon prénom. Si on veut avoir l’e-mail, c’est le formateur formatrice qui va avoir un lien. Il peut partager avec le prénom ou le faire ensemble. C’est ça qui est très important aussi. Je suis en train de vous montrer les épisodes suivants. [Rires du public.] Mais on va voir ça. Et sinon, après, vous me faites une feuille de réclamation. Fabien ?
— [Fabien Masson] De toute façon, je pense que si je ne me trompe pas, j’ai fini. [Rires du public.]

— [Une femme du public] Je voulais savoir si vous avez déjà utilisé ça avec des apprenants ou c’est juste une phase de test ?
— [Segundo Tercero Iglesias] Oui, oui.
— [Fabien Masson] Tout à fait. Donc ça, c’est durant toute la phase de développement. On a eu des phases de testing avec des groupes d’apprenants. Et donc, tout au long du développement de l’année 2025, on a réalisé des tests au Brabant wallon, à Bruxelles, du côté de Charleroi…
— [Thida Sewin] Centre Mons Borinage.
— [Fabien Masson] On a fait des tests des différentes étapes. Et il y a des endroits où l’application est déjà utilisée dans les groupes.
— [Segundo Tercero Iglesias] Pardon… Je vais vous montrer, mais il y a des groupes qui travaillent depuis le début de l’année avec l’application. Ils sont déjà en train de l’utiliser de façon normale, naturelle, dans le parcours pédagogique que fait le groupe.
— [Un homme du public] Peu importe leur niveau ?
— [Segundo Tercero Iglesias] Ils sont en train de la faire avec des niveaux d’oral débutant et ça marche. Alors. [Rires du public.]
— [Thida Sewin] C’est compliqué d’expliquer la théorie alors que la pratique est facile à utiliser.
— [Segundo Tercero Iglesias] C’est comme une boite à outils où vous allez prendre ce que vous voulez et ce dont vous avez besoin.

— [Un homme du public] Moi, ce qui m’inquiète, c’est le côté intuitif de l’application, en fait. Parce que les apprenants qui ne sont pas très débrouillards – et ce n’est pas de leur faute – mais juste, ils font un truc qui est hyper intuitif. Sinon, ils vont se perdre, ils vont avoir la flemme, ils vont abandonner.
— [Segundo Tercero Iglesias] Je t’assure qu’il n’y a personne plus lent que moi. [Rires du public] Et je suis arrivé, pas totalement, évidemment, mais je t’assure que, si moi je suis arrivé à comprendre certaines choses, on y arrive, on arrive.
— [Une femme du public] C’était mon questionnement principal.


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Le projet Alpha et transitions numériques. Soutien à la qualification professionnelle fait partie de la sélection de projets retenus dans le cadre de la nouvelle programmation des fonds structurels Fonds social européen+ (FSE+) 2021-2027 de l’Union européenne.

Le projet vise à renforcer les compétences des professionnelles du secteur de l’alphabétisation en les formant avec et au numérique.
Pour ce faire, Lire et Écrire Communauté française organise des formations courtes sous forme de séminaires et analyses d’expériences.


[1Société coopérative et participative, en France.

Ne pas suivre ce lien : piège à robots mal élévées.