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Édito du Journal de l’alpha 225

Santé et bienêtre

Éditorial du Journal de l’alpha 225 : Santé et bienêtre.

C’est au travers du terrain d’action de l’alphabétisation que ce Journal de l’Alpha s’intéresse à la santé. Nombreux·ses sont les apprenant·es qui connaissent ou ont connu des problèmes de santé et/ou d’accès aux soins. Ces difficultés de santé – physique ou psychique – sont une des « composantes » des réalités de l’alpha. Dans l’enfance, elles sont parfois à l’origine d’un décrochage scolaire qui conduit à l’illettrisme. Une fois adulte, elles imposent leur rythme aux apprentissages et à l’engagement en formation.

Que ce soit en lien avec les conditions de vie souvent précaires, les parcours migratoires parfois marqués par les violences, la relégation sociale, les discriminations… les acteur·rices de l’alpha constatent au quotidien les besoins importants en matière de santé [1] au sens strictement médical mais aussi au sens large tel que porté par l’Organisation mondiale de la Santé, c’est-à-dire un état de complet bienêtre physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité et qui la considère comme l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, sa race, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale [2].

En promotion de la santé, la notion de déterminant de santé permet d’aborder une compréhension des facteurs qui influent la santé. Dans sa contribution Cultures&Santé explore les interdépendances entre conditions de vie, position sociale, maitrise des savoirs de base et « mauvaise » santé. Encore une fois, cela illustre s’il le faut encore, que l’illettrisme est à la croisée d’inégalités multiples : sociales, économiques, culturelles, politiques et de santé.

De nombreux·ses d’acteur·rices du secteur de l’alpha ont conscience que leurs actions (les espaces de formation) ont des effets sur la santé des apprenant·es. Les suspensions des activités en présentiel liées à la crise du Covid-19 les ont particulièrement mis en exergue. La contribution à partir du terrain de Lire et Écrire Namur est assez représentative des constats de l’ensemble de régionales. Avoir conscience que, par nos orientations pédagogiques et par nos dispositifs de formation, nous « produisons des ressources de santé » ne signifie pas que notre action d’alphabétisation relèverait du secteur sanitaire ou que l’analphabétisme serait une « maladie » à soigner. C’est plutôt prendre la mesure que des moyens d’action peuvent être mobilisés à partir de l’alpha ou en partenariat avec l’alpha.

Au niveau de la « première ligne » plusieurs contributions partagent des pratiques de terrain avec des personnes en situation d’illettrisme. Celle développée par Murielle Van Bunnen met particulièrement l’accent sur l’importance du maillage d’acteur·rices différent·es au sein d’un même territoire et d’agir dans le temps long… D’autres contributions illustrent encore à quel point la santé et le bienêtre peuvent être au cœur de questionnements et de désirs de changements portés par les apprenant·es.

La campagne de vaccination contre la Covid-19 a créé en Fédération Wallonie-Bruxelles comme ailleurs de nombreux débats jalonnés par de multiples arguments, contrarguments, rumeurs, informations… À Lire et Écrire, ces débats se sont invités dans les équipes et dans les groupes d’apprenant·es. Au centre de la contribution de Lire et Écrire Bruxelles à ce numéro, la mise en œuvre d’un dispositif d’informations objectivées à destination des équipes.

La « littératie en santé »

Dans ce numéro, plusieurs articles abordent… de front ou de manière indirecte la notion de « littératie en santé ». En alphabétisation nous avons l’habitude de ces « néologismes » qui désignent une fois le b.a.-ba en santé, une autre fois en science, ou encore en digital, et demain en …… ? Il y a une réelle difficulté à prendre la mesure de la singularité de la formation de base des adultes… c’est-à-dire un espace d’apprentissage des langages fondamentaux et savoirs de base qui peuvent servir à tout, un « tout » nécessairement indéterminé. C’est en suivant ce même fil qu’Aleksandra de l’EAEA [3] développe et interroge la notion de « compétences pour la vie courante ». Gilles Henrard et Frédéric Ketters retracent l’historique de « la littératie en santé » et en font une analyse critique qui, à bien des égards, entre en résonance avec nos pratiques. La critique d’une suresponsabilisation individuelle de l’approche par compétences est partagée par NALA [4], qui s’en est cependant emparée pour appuyer le volet de la prise en compte des personnes analphabètes et illettrées par les organismes de santé et plus largement par les organisations publiques. À Lire et Écrire Wallonie picarde, c’est aussi un travail de longue haleine qui a permis de mobiliser des acteur·rices clés de la santé pour la construction de réponses concrètes à une meilleure prise en charge des personnes illettrées. Ces voies d’actions contribuent à ce que le public alpha soit davantage inclus au sein des dispositifs de santé mais aussi à ce qu’il développe, et c’est fondamental, un pouvoir d’agir sur sa santé et son bienêtre.