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Bulletin de veille documentaire no 8, mars 2021

L’avancée de la recherche dans le secteur de l’alphabétisation

Le Bulletin de veille documentaire fait écho trois fois par an de l’avancée de la recherche nationale, européenne et internationale dans le secteur de l’alphabétisation ou susceptible d’intéresser ce dernier. Il se compose d’une sélection d’études, d’enquêtes quantitatives et qualitatives, d’articles de presse, de revues professionnelles et scientifiques en lien avec l’alphabétisation ou les publics concernés.

Il est complété par une veille législative sur les politiques européennes.

Outil de communication, il est destiné à mettre à disposition des chercheurs ainsi qu’auprès des personnes intéressées des ressources pertinentes afin d’être informé et de comprendre les évolutions des domaines liés à l’alphabétisation. Il est organisé par thématiques afin de mieux identifier les informations.

Si vous souhaitez recevoir les bulletins de veille documentaire par e-mail, envoyez votre demande à l’adresse aurelie.leroy@lire-et-ecrire.be

Rédaction : Leroy Aurélie et Culot Louise,
chargées d’analyses et études,
Lire et Écrire Communauté française.

Immigration / Citoyenneté

Au-delà du parcours d’intégration wallon, regards sur l’intégration au travers de l’ASBL Interra

Ghuysen Stéphanie, Centre de formation pour la citoyenneté et la participation, mai 2020, 20 p.

En ligne.

Cette analyse interroge le concept d’intégration et son opérationnalisation au travers du parcours d’intégration wallon. Dans un premier temps, la notion d’intégration est analysée au regard des orientations choisies par l’Union européenne et la Région wallonne. L’auteur décrypte, dans un second temps à partir d’une étude de l’IWEPS (2019), le dispositif wallon, construit autour de quatre axes (l’accueil, le français langue étrangère, les formations à la citoyenneté l’insertion socio-professionnelle). Selon les résultats de l’étude de l’IWEPS, le parcours d’intégration wallon n’atteint pas les objectifs du décret sur lequel il repose. Il n’amène pas de réel changement de statut. Les personnes interrogées souhaitent que l’accès à l’emploi, le capital culturel et social ainsi que la lutte contre les discriminations soient davantage pris en considération. Enfin, l’auteur s’intéresse aux actions menées par l’ABSL Interra qui offre des espaces de rencontre entre la population locale et la population d’origine étrangère. Elle montre en quoi ces activités peuvent complémenter le dispositif wallon, renforcer le capital culturel et social des participants et nous invite à redéfinir l’intégration.

Crise sanitaire / Covid-19

Analyse des impacts de la première vague de Covid-19 sur les personnes précarisées et les services sociaux de première ligne en Région Bruxelloise et en Wallonie. Rapport de la phase exploratoire (juin à août 2020)

Deprez Anne, Noël Laurence, Solis Ramirez Felicia, Fédération Wallonie-Bruxelles, Observatoire de la santé et du social, IWEPS, 2020.

En ligne.

Cette étude, commanditée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (Cellule pour la réduction des inégalités sociales et de la lutte contre la pauvreté), dresse un état des lieux du premier confinement et de la première vague sur les personnes en situation de précarité et sur les services sociaux de première ligne. Ce présent rapport est une recherche exploratoire, basée sur des entretiens avec des acteurs clés de l’action sociale. Il examine les multiples impacts sociaux de la crise sanitaire.

De nombreuses dimensions de la vie quotidienne sont impactées (logement, emploi, revenus, alimentation, mobilité, santé…) et les difficultés se renforcent les unes les autres. Les acteurs interrogés font le constat, d’une part, de l’aggravation de la situation des personnes déjà précarisées avant la crise sanitaire (personnes au chômage, en invalidité, handicapées, personnes migrantes…), et, d’autre part, de l’apparition de nouvelles personnes précarisées en besoin urgent d’aide : différents types d’indépendants, travailleurs du secteur Horeca, du secteur socio-culturel, étudiants, artistes, travailleurs précaires, intérimaires, personnes en formation… Le constat d’une augmentation de la demande d’aide alimentaire s’exprime, tant à Bruxelles qu’en Wallonie, auprès des CPAS et des associations et a parfois été saturée. Les difficultés liées au logement ont été importantes : manque de place d’hébergement pour les sans-abris ou de logement abordables et sociaux pour les ménages précaires, cohabitation difficile liée aux petits espaces, augmentation du coût du logement…

La dématérialisation des services, combinée à la fracture numérique a engendré une série de difficultés d’accès aux droits sociaux mais aussi aux soins, etc. Face à tous ses changements, il apparait que les travailleurs de première ligne sont, au sortir de la première vague, épuisés et en sous-effectifs au sein des deux Régions. Les acteurs ont émis un ensemble de recommandations afin de diminuer l’impact de la crise sanitaire sur les personnes et leur travail.

Cette étude exploratoire sera suivie ultérieurement de deux autres volets (focus group et enquête quantitative et qualitative auprès d’un public fragilisé) qui permettront d’évaluer plus précisément certains impacts et de formuler un ensemble de recommandations destinées à lutter plus efficacement contre les effets de la pandémie à court, moyen et long terme.

La crise Covid met le secteur associatif sous pression. Baromètre des associations 2020

Fondation roi Baudouin, 4 p.

En ligne.

La Belgique compte près de 110 000 associations actives sur le territoire, incontournables économiquement. En 2017, elles employaient près de 330 000 personnes. Impactées par la crise sanitaire, la Fondation Roi Baudouin a réalisé une enquête auprès de 700 d’entre elles. En 2020, 49 % d’entre elles ont vu leur situation financière se dégrader contre 19% en 2018. 95 % estiment que la pandémie en est l’origine.

Les associations actives dans les secteurs de la culture et des loisirs, et de la coopération au développement sont les plus touchées même si aucun secteur n’est épargné. Le secteur ne sombre pas pour autant. Les subsides publics, dont bénéficient 70 % des associations, et surtout les grandes structures, sont restées stables. Par contre, les autres sources de revenus ont diminué pour un tiers des associations concernées (dons, recettes commerciales, cotisations des membres, etc.). Le recours au chômage temporaire a également joué un rôle et près de 47% des associations interrogées ont dû puiser dans leurs réserves. Le recours aux réserves est, toutefois, pour les associations, une solution limitée dans le temps.

La crise a aussi un impact sur leur fonctionnement normal : 65 % ont connu des changements de rythme dans un sens ou l’autre. Dans le secteur social, 22 % d’entre elles ont dû faire face à une augmentation de leurs activités en raison de la croissance des demandes du public. Près de 40% des associations ont développé de nouvelles activités (livraison de colis alimentaires, etc.). Un tiers des associations a vu leur nombre de bénévoles diminuer de moitié (1 bénévole sur 3 en Belgique a plus de 60 ans). Les indicateurs montrent donc que les associations ont, tant bien que mal, résisté à la crise induite par la Covid-19.

Covid-19 / Le monde de demain : (r)évolution ou régression sociale ?

Ateliers des droits sociaux, capsules vidéo, 2020.

Playlist en ligne.

Avec le soutien de la COCOF, l’association Les Ateliers des droits sociaux propose une série de 7 capsules vidéo sur la crise sanitaire afin de comprendre le monde de demain et les dangers qui pèsent sur les acquis sociaux. Ces vidéos proposent l’analyse critique de sept « experts » issus de disciplines différentes sur le confinement, la gestion du déconfinement et les perspectives d’avenir. A travers la problématique spécifique de la crise sanitaire, elles invitent surtout à penser notre système socio-économique et les conséquences de celui-ci sur l’état de notre société et de notre environnement. Les capsules sont disponibles sous forme de série :

  1. François Perl (santé publique) : Notre système de santé est-il en danger ?
  2. Pierre Waaub (enseignement) : Vers un renforcement des inégalités scolaires ?
  3. Annemie Schauss (droits et libertés) : Une réduction de nos libertés fondamentales ?
  4. Matéo Alaluf (sociologie) : Nos acquis sociaux sont-ils en danger ?
  5. Vincent De Coorebyter (politique et démocratie) : La démocratie belge en crise ?
  6. Eva Betavatsi (économie) : Tous pris au piège de la dette ?
  7. Isabelle Stengers (philosophie) : Se libérer de l’imaginaire capitaliste ?

Fracture numérique / Dématérialisation des services

Virtualisation du travail social

Kozlowski Guillermo, Collectif Formation Société, mai 2020.

En ligne.

La numérisation des services sociaux se renforce et s’accélère avec la crise sanitaire. Sur base d’une rencontre avec plusieurs associations ouvertes pendant les périodes de confinement, l’auteur analyse les dangers de la virtualisation du travail social mis en avant par les acteurs sociaux dans le domaine des Espaces publics numériques, de la santé mentale, des écoles de devoirs et dans les maisons médicales. Il apparaît que les problèmes posés par cette virtualisation sont omniprésents. Cette virtualisation est vécue comme violente par les usagers et a des conséquences sur l’accès à leurs droits. Du point de vue du travail social, les travailleurs de terrain tentent de faire le lien entre les usagers et les institutions publiques. Ces dernières, en réduisant leurs coûts à leur niveau, reportent les problèmes engendrés à d’autres niveaux et vers d’autres travailleurs, occasionnant d’autres coûts bien plus grands…

Emploi / Travail

L’emploi des peu qualifiés en Wallonie

Defeyt Philippe, , in Brève de l’Institut pour un Développement durable, no 51, décembre 2020.

En ligne

Cet article repose sur l’intervention de l’Instance Bassin Enseignement Emploi Formation de Huy-Waremme lors d’un webinaire consacré à la question suivante : Quelles perspectives d’emploi pour les publics peu qualifiés dans un monde post Covid ?. Sur base des données de la Banque Carrefour de sécurité sociale et l’enquête sur les forces de travail en Belgique, l’auteur analyse les statistiques relatives à l’emploi salarié des personnes peu qualifiées (au niveau d’études inférieur ou égal au secondaire inférieur).

Il démontre que :

  • L’emploi occupé par les personnes peu qualifiées a reculé de 182 000 unités en Wallonie (moins 134 000 pour les hommes et moins 48 000 pour les femmes) depuis 2000 et que la part de l’emploi des peu qualifiées dans l’emploi total a reculé de 33 % à 16 % depuis 2000. Ceci s’explique notamment par le fait que le marché de l’emploi est de plus en plus exigeant et de la tendance à remplacer, pour des postes de travail semblables, des travailleurs peu qualifiés par des travailleurs plus qualifiés.
  • Les secteurs qui emploient les personnes peu qualifiées sont : l’administration, le commerce, le nettoyage, la restauration, la construction, etc.
  • Les travailleurs peu qualifiés sont employés, à quelques exceptions près, dans les secteurs qui concentrent les salariés mal payés.

L’auteur formule quelques recommandations et invite à appréhender les notions de « peu qualifiés » et de « diplômes peu élevés » sur base d’un continuum prenant en compte deux dimensions : les compétences transversales et les compétences professionnelles.

Éducation tout au long de la vie / Formation d’adultes

Tout au long de la vie ? La formation des adultes en Wallonie : tendances, enjeux et évolutions possibles

Guyot Jean-Luc, in Cahiers de prospective de l’IWEPS, no 2, juin 2020.

En ligne.

Le champ de la formation d’adultes est porté depuis plusieurs années sur le devant de la scène suite à l’essor du Lifelong Learning (apprentissage tout au long de la vie). L’action publique confère un rôle ma­jeur à la formation pour le développement socio­économique et la lutte contre le chômage suite à l’évolution des politiques publiques qui placent la responsabilité de l’insertion dans le marché du travail sur l’individu. Les objectifs se définissent, dans ce cadre, par l’accroissement de l’employabilité, de l’adaptabilité et de l’adéquation entre l’offre et la demande d’emploi.

En Wallonie, 7,2 % des Wallons âgés de 25 à 64 ans ont déclaré avoir participé à des cours ou des formations en 2018. Ce niveau de participation est plus bas en regard de la moyenne européenne (11,2 %) et des autres régions (11,7 % à Bruxelles et 8,7 % en Flandre). La participation varie notamment selon le niveau d’enseignement : moins de 3 % des personnes ayant au plus un diplôme de l’enseignement secondaire inférieur (niveau bas), 5,4 % pour les diplômés de l’enseignement secondaire supérieur (niveau moyen), et 11,9 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur (niveau haut).

Ce cahier identifie les enjeux pros­pectifs en cette matière sur base des tendances historiques observées et présente des pistes d’évolutions futures possibles pour la Région wallonne. Quatre scénarios de transformation du champ de la formation d’adultes sont mis en avant.

Dans le premier scénario, la gestion adéquationniste de l’offre et de la demande se renforce en intégrant les opportunités offertes par la digitalisation. La géographie et la temporalité des formations sont réorganisées dans un but d’efficience. Ce modèle ne résorberait pas le chômage et le problème du sous-emploi. Dans un deuxième scénario, les coûts de la formation seraient de moins en moins pris en charge par l’état, faute de moyens, et deviendraient individualisés, menant à une société stratifiée et multipliant les inégalités. Dans un troisième scénario, le rôle de la formation se diversifierait. Il ne s’agirait plus d’assurer l’employabilité de l’apprenant mais de poursuivre des objectifs collectifs de transition de la société vers un modèle plus durable. Les compétences transversales y seraient favorisées ainsi que l’auto-emploi.

Veille législative européenne

Stratégie européenne en matière de compétences en faveur de la compétitivité durable, de l’équité sociale et de la résilience

La Commission européenne, Communication de la commission européenne au parlement européen, au conseil, au comité économique et social européen et au comité des régions, publiée le 1er juillet 2020.

En ligne.

À partir de la Stratégie de Lisbonne des années 2000, l’éducation est appréhendée comme un instrument essentiel de soutien à la croissance et de lutte contre le chômage. Le cadre politique « Éducation et Formation 2020 » (ou « ET2020 ») prévoyait, pour la décennie écoulée, de renforcer les réformes nationales et les initiatives en vue de la création d’un espace européen de l’éducation au sein duquel tous les systèmes nationaux seraient guidés par les même objectifs (principe de l’apprentissage tout au long de la vie, adéquation des compétences aux défis des NTICS et du marché de l’emploi en mutation, garantie d’acquisition des savoirs de base et digitaux, élévation générale du niveau d’instruction et réduction du taux d’abandon scolaire, etc.) et les même processus (évaluation par les pairs, systèmes d’indicateurs et de comparaisons, construction de référentiels communs, etc.) Ce cadre avait notamment mis en place un mécanisme de gouvernance en matière d’éducation des adultes (intitulé « Agenda renouvelé en matière d’apprentissage des adultes ») afin de soutenir son développement dans les pays membres. En septembre 2020, la nouvelle stratégie relative à la réalisation d’un espace européen de l’éducation d’ici à 2025 renouvelle son intention de porter l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie parmi les priorités politiques de l’UE, comme instrument de soutien à la croissance et de promotion de la citoyenneté, mais aussi comme secteur essentiel dans la réussite du plan de relance européenne post Covid et afin de réaliser le principe premier du Socle européen des Droits Sociaux qui porte sur le droit à l’éducation et à la formation.

L’EAEA – l’Association européenne d’Éducation des adultes – regrette, dans sa note de novembre 2020 [1], que cette nouvelle stratégie mentionne à peine l’éducation des adultes alors que c’est un secteur qui a besoin d’un socle politique fort, notamment pour amener les États membres à soutenir financièrement l’éducation des adultes, de la professionnaliser et d’en améliorer la qualité de l’offre. L’EAEA regrette qu’aucun objectif spécifique pour l’éducation des adultes ne soit formulé dans le document de la Commission hormis la référence à l’objectif défini dans la « Stratégie en matière de compétences » adopté en juillet 2020, considéré par défaut comme le document politique de référence en matière d’éducation et de formation des adultes. En effet, c’est dans cette stratégie que les objectifs propres à la participation des adultes peu qualifiés et des chômeurs à l’apprentissage sont fixés. Il est rappelé que la proportion d’adultes « peu qualifiés » (22 % en 2019) place l’Europe derrière les autres économies avancées. L’objectif pour 2025 est que 30 % des adultes appartenant à ce groupe prennent part à une activité d’apprentissage (l’objectif général est d’atteindre 50 % de la population adulte). Le document introduit notablement qu’à présent, l’approche « Former pour un emploi » guidera désormais la définition des contenus d’apprentissage en fonction de secteurs économiques prioritaires et servira à évaluer les formations qualitativement. Autre nouveauté, les objectifs en matière de compétences et de formation feront l’objet d’un suivi de la Commission qui émettra à ce propos des recommandations spécifiques par pays dans le cadre du Semestre européen.


[1Ahlers Jana, Kihrer Raffaela, Where are the adults in the European Education Area ?, European association for the education of adults, 15 décembre 2020.